Vice-champion d’Europe par équipes à Schwechat, Kalinikos KREANGA n’a pas fini de punir ses adversaires avec son revers dévastateur. À 41 ans, il ne se fixe pas de limites tant qu’il sera épargné par les blessures. « Le plus important c’est d’être au point physiquement. En fait je dois rester fort dans la tête pour éloigner les blessures. » Sociétaire de Hennebont depuis 9 ans (après Montpellier où il évolua pendant trois saisons), il confie le rapport étroit qui le lie au club breton. « Jamais je n’ai eu un tel feeling avec un club. Certes, je suis un joueur professionnel mais il me serait vraiment difficile de le quitter. Hennebont, c’est ma famille. »


Un système de jeu orienté vers le revers

Véritable marque de fabrique, le revers du Grec constitue une arme à toute épreuve, plus efficace que celui de ses adversaires. « Je ne peux pas dire qu’il y ait une différence par rapport à d’autres joueurs qui ont aussi un bon revers. Mais ils travaillent en revers pendant les échanges et ils gagnent le point en coup droit. Et d’ajouter : Me concernant, j’ai une idée différente car je peux gagner le point en revers. Tout mon système de jeu est orienté pour faire le point en revers. C’est la particularité de mon jeu, ce qui fait ma différence je crois. » Et s’il pouvait emprunter un coup spécial à un joueur du circuit ? Il choisit, sans hésiter, « un meilleur retour de service, c’est  d’ailleurs un aspect que je continue à travailler. » À son aise face aux défenseurs, il précise utiliser parfois « un soft lorsque je joue sur un défenseur. Sinon, j’ai la même raquette depuis 16 ans et bien sûr j’ai une seconde raquette. » 

D’abord la gymnastique

L’enfant de Bristita débute la gymnastique à 5 ans et ½ puis, à l’âge de 7 ans, effectue un détour vers la salle de tennis de table située à quelques encablures de l’appartement familial. « La 1e fois j’y suis allé seul puis j’ai demandé à mon père de m’y accompagner. Il m’a demandé d’être assidu car il ne voulait pas que je change tous les ans de sport. Et de confier : Je ne peux pas dire que j’ai aimé le ping au début. C’est après deux années de pratique que j’ai attrapé le virus. » Si ses posters sont encore solidement accrochés sur les murs des chambres de ses nombreux fans, il avoue ne pas avoir glorifié un champion : « Je n’ai jamais eu le poster de qui que ce soit. J’ai commencé à aimer tous les grands joueurs et j’ai seulement tenté de les imiter. »

Il aborde aussi, sans détours, les raisons qui l’ont conduit à quitter la Roumanie placée alors sous le joug de Ceaucescu. « J’ai quitté la Roumanie à 18 ans car il n’y avait pas d’avenir pour un joueur professionnel et pour m’entraîner. C’est une période dont les jeunes ne se souviennent pas mais c’était lié au contexte politique. » Il émigre vers la Grèce qu’il ne quittera plus. « J’ai d’abord joué pour un club puis je me suis fait des amis. C’est donc naturellement que j’ai porté le maillot de la Grèce. »

Schwechat 2013 : première médaille par équipes

Présent lors des cinq derniers Jeux olympiques, olympiques, Kalinikos KREANGA a disputé une multitude de championnats du monde et d’Europe. Et il lui aura fallu patienter plus de 20 ans pour enfin remporter une médaille avec ses couleurs d’adoption. Avec notamment son compère Panagiotis GIONIS, il a enfin décroché une récompense : la médaille d’argent à Schwechat lors de l’Euro 2013. « Cette médaille c’est le miroir de notre fédération. Mieux vaut tard que jamais mais j’aurais aimé que cela arrive plus tôt, concède le Grec. On a eu 2-3 occasions en quarts de finale des championnats d’Europe et une fois aussi lors du championnat du monde 1997 à Manchester où on a terminé 6e. »

Fier de rappeler qu’il est le joueur le plus âgé (39 ans) à avoir remporté le Top 12 Européen en 2011, la médaille de bronze remporté à Paris en 2003, reste son sommet même si Werner SCHLAGER a pris toute la lumière. « J’étais heureux aussi pour Werner. Le bronze, c’était un très bon résultat pour moi et cela reste ma meilleure performance. » Depuis 2003, seuls Michael MAZE (2005) et Timo BOLL (2011) décrocheront une médaille de bronze mondiale.

Kalin mène aujourd’hui une vie heureuse à Athènes avec sa femme et ses deux fillettes (6 et 3 ans). « Bien sûr nous parlons grec à la maison. Et de rapporter : « notre aînée à commencé à jouer au ping. »

L’œil de l’expert : Christophe LEGOÛT

20111210_butterfly_159Coéquipier de Kalinikos KREANGA à Ochsenhausen lors de la saison 2001-2002, Christophe LEGOÛT apprécie le Grec : « C ’est un excellent partenaire qui s’arrache tout le temps pour son club. En plus, il est super spectaculaire, y compris en coup droit. »

– KREANGA possède une gestuelle particulière en revers qui combine une grande amplitude et une fréquence importante. Normalement il faut plutôt un geste court afin de pouvoir réarmer très vite. Bien que son bras reste longtemps en haut, il redescend aussi extrêmement vite. Son coup droit est aussi très spécifique avec les mêmes caractéristiques. Lorsqu’il est débordé en revers, il a cette capacité unique à reprendre la balle à côté de lui et il est encore capable de jouer un coup gagnant !

– Sur la table, il est capable de claquer la balle en revers comme le fait aussi Damien ÉLOI.  Mais il peut aussi démarrer doucement et enchaîner en top sur top, toujours en revers. En fait c’est comme s’il possédait deux coups droits.

– Face à un gaucher, son revers lui permet d’excentrer sur le plein coup droit. Il peut alors se mettre en pivot et privilégié le coup droit, ce qu’il fait plus souvent sur gaucher.

– En revanche, il a des difficultés à remettre les services en coup droit, surtout qu’il se décale pour tenter de remiser en revers… C’est en quelque sorte le défaut de ses qualités.

– À partir de 2003, il a progressé au service avec « le rentrant », afin de fermer le jeu et d’attirer la balle dans son revers. Son service n’est pas académique et il manque de fluidité. En remise, c’est souvent difficile pour lui mais il est en capacité de « donner » la balle à l’adversaire pour lancer le jeu et être plus à l’aise.

L’anecdote : au milieu des années 90, avec Damien ÉLOI et Patrick CHILA on s’est approché de son niveau et les premières fois où on l’a joué et qu’il passait un revers incroyable, on se disait « c’est n’importe quoi ». Après, quand tu en prends 10 par match, tu finis par te résoudre que c’est loin d’être  « n’importe quoi ».

Kalinikos Kreanga en bref

Né le 8 mars 1972 à Bristita (Roumanie)

  • N°7 mondial en septembre 2002
  • Vice-champion d’Europe par équipes 2013
  • Vainqueur du Top 12 Européen en 2011 : les images
  • Médaillé de bronze du championnat du monde en 2003 : les images
  • Médaille d’argent de la Coupe du monde en 2002 et 2003
  • Vice-champion d’Europe en 2002
  • Champion d’Europe en double en 1994
  • Champion d’Europe cadet en 1986

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

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