Benjamin Brossier : « le soft a été un déclic dans mon jeu »

À tout juste 20 ans, Benjamin BROSSIER est le seul joueur de haut niveau  français a joué avec un soft : BUTTERFLY FLARESTORM II. C’est sur son revers que le sociétaire de la Vaillante Angers a choisi de jouer avec ce revêtement atypique alors qu’il utilise un TENERGY 05 sur le coup droit (avec un bois Jun MIZUTANI ZL CARBON). Actuellement n°215 mondial, son meilleur classement, Benji espère poursuivre sa progression après une période de trois semaines d’arrêt consécutives à une opération de la main pour enlever un kyste épidermique.

N°5 européen, catégorie junior, il était alors devancé par ses compatriotes qui trustaient les titres européens, par équipes ou en individuels. Mais Benjamin peut tout de même s’enorgueillir d’un titre de champion d’Europe de double mixte cadets obtenu avec la Russe Yana NOSKOVA face à la paire tricolore composée par Céline PANG et Simon GAUZY. Tout proche d’intégrer le Top 200 mondial, il a notamment réussi deux jolies performances lors de l’open d’Allemagne disputé en novembre 2013 : avec des victoires sur l’Italien Mihai BOBOCICA et le Slovaque Tomas KEINATH. Lors de l’open du Qatar, il a décroché la médaille de bronze dans le tableau réservé aux moins de 21 ans.

Un soft dès le berceau ?


Benjamin ne pouvait pas y échapper. Ses parents se sont connus sur une compétition de tennis de table et c’est un ami de son père qui glissa une raquette dans le berceau. Né à Annecy en janvier 1994, sa famille est toujours installée en Haute-Savoie. Après le pole espoirs de Nantes puis le pôle France de Talence, Benjamin a pris la direction de l’Insep dès ses 15 ans. Une période décisive qui l’a conduit à changer de matériel. « Lors d’un stage avec l’équipe de France, Michel BLONDEL (alors entraineur en chef à l’Insep et conseiller technique Butterly) trouvait que je jouais trop loin de la table, rapporte Benjamin. Certes, je joue parfois encore un peu loin, mais c’était une bonne idée pour créer un déclic dans mon jeu. À ce moment là, j’étais un peu en dedans par rapport aux autres jeunes français et cela m’a permis de me remettre dans le bain. J’ai donc persévéré dans cette voie. »

Par le passé, un joueur du top 10 mondial, le Chinois WANG Tao (champion olympique et du monde en double) qui a évolué aussi en Bundesliga (Jülich, Grenzau et Plüderhausen) jouait avec un soft en revers. Aujourd’hui seul Tang PENG (n°21 mondial) évolue au plus haut niveau avec un soft. « Il joue aussi avec du matériel Butterfly. Je regarde des vidéos de Tang PENG mais je me base aussi sur les joueurs qui jouent en back-side », rapporte Benjamin BROSSIER qui confie ne pas avoir d’idoles mais « quand j’étais petit, je jouais contre le mur de ma chambre, et c’était souvent face à Timo BOLL. »

« Les exercices d’entraînement sont les mêmes sauf que les objectifs changent. Par exemple sur le 2×2, mon partenaire met de l’effet en revers alors que moi, avec le soft, je vais essayer de claquer la balle ou de maintenir une technique stable. » Car le soft est surtout adapté pour le jeu à la table. « Cela permet surtout d’inverser l’effet. Sur un top-spin, si je bloque elle repart coupée. Je peux aussi changer de rythme, ralentir ou claquer.  En revanche, loin de la table, les options sont plus limitées : Si je suis contrait de reculer, alors j’essaie de prendre le pivot pour raccrocher la balle avec mon back-side. »

Championnats de France 2013 à Agen : best-of – huitièmes de finale, BROSSIER-MATTENET


L’œil de l’expert : Christophe LEGOÛT

Lors de la Coupe du monde individuelle disputée à Paris en novembre 2011, Christophe LEGOÛT avait pris le meilleur sur le Hong-Kongais TANG Peng. Mené 3 sets à rien, Chris avait réussi à renverser la vapeur pour finalement s’imposer 4/3… Et pris la mesure du soft de son adversaire.

Très souvent, pour ne pas dire trop souvent, on fait essayer un soft à un joueur parce que techniquement il apparaît limité. Dans d’autres rares cas, mais c’est celui qui nous intéresse ici avec Benjamin, c’est pour faire en sorte que le joueur évolue plus près de la table. Cependant, la vraie question est de savoir s’il faut continuer de jouer avec tout au long de sa carrière ou si le matériel, en l’occurrence le soft, peut être limitant.

Pour moi, le principal intérêt du joueur qui décide de jouer avec un soft réside dans le fait qu’il se différencie des autres, ce qui implique une période d’adaptation pour ses adversaires. Attention tout de même puisque plus le joueur s’entraînera avec ce matériel avec les mêmes partenaires, et moins il aura de facilités à gagner. C’est également le cas des défenseurs. Non seulement le joueur doit être fort dans sa tête pour l’accepter mais le coach doit aussi le prendre en considération au moment de ses choix d’équipes.

Le deuxième atout se dessine au fur et à mesure d’un match. En effet, si on est mené face à un soft ou un picot, c’est toujours plus difficile de « se faire confiance » sur la quantité d’effet qu’il y a dans la balle et le fait d’hésiter ne serait-ce qu’un instant nous fait presque toujours faire la faute ou perdre le point sur le prochain coup de raquette. A ce titre, je suis persuadé que Benji a gagné un certain nombre de matchs grâce à son soft et cela même si, au départ, il ne s’en servait pas aussi bien qu’aujourd’hui.

Parallèlement, plus on progresse, plus on rencontre de bons joueurs et plus la faculté d’adaptation de nos adversaires est rapide. Il devient alors plus difficile de gagner « simplement » avec son matériel et là, seuls les joueurs qui maîtrisent parfaitement leur soft s’en sortent. C’est notamment le cas du joueur de Hong-Kong Tang Peng, numéro 21 mondial ce mois-ci.

Alors le soft est-il limitant ?

Je dirai oui mais d’un autre côté je pense qu’il favorise une progression plus rapide, notamment chez les jeunes…

Alors doit-on l’enlever à un moment donné ?

C’est au joueur de décider. Aujourd’hui, être dans les tous meilleurs mondiaux en jouant avec un soft me paraît impossible du fait de l’évolution du jeu et de la technique principalement mais cela vaut également pour les défenseurs alors que ces joueurs avec un seul backside faisaient les beaux jours des équipes nationales dans les années 70… Et finalement, des joueurs comme Panagiotis GIONIS, JOO Sae-hyuk ou TANG Peng font des carrières absolument remarquables alors à toi de jouer Benji et de me faire mentir !

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

Articles similaires