Michael MAZE et Adrien MATTENET ont réussi un beau come-back à Lausanne pour se qualifier à la coupe du monde 2014. Blessés physiquement ou psychologiquement, ils ont réussi à revenir au plus haut niveau. À partir d’expériences similaires, Christophe LEGOÛT apporte un éclairage sur la difficulté à revenir après une blessure : dans un récit authentique, il rapporte notamment son expérience avortée à Ochsenhausen, en 2001.

Il existe deux types de blessures, les physiques, que tout le monde connait et qui font mal tout de suite, et les psychologiques, plus sournoises, qui sont indolores mais qui durent au moins aussi longtemps et qui sont terriblement difficiles à soigner.

Par le passé, j’ai été confronté aux deux et c’est la raison pour laquelle on m’a demandé de parler de celles de Mickaël Maze et d’Adrien Mattenet, de leurs doutes puis de leur retour au premier plan.

Le 12 décembre 1997, lors d’une rencontre de Coupe d’Europe avec Levallois contre le club allemand d’Ochsenhausen, je me blesse méchamment à l’épaule gauche suite à un plongeon. La sanction tombe quelques jours plus tard : bourrelet glénoïdien fissuré… Opération et six mois d’arrêt.

En 2001, je signe deux ans à … Ochsenhausen ! Ma première saison est un calvaire, je rentre en France au bout de huit mois. Je ne me sens plus capable d’assurer ne serait-ce qu’un niveau de jeu moyen, je mettrai trois ans à m’en remettre.

M. Maze a été opéré deux fois des hanches, une fois à gauche, une fois à droite et ce à trois mois d’intervalle pour une absence totale d’un an. Au début, on se dit qu’on va avoir du temps, qu’on va pouvoir mettre à profit cette période pour faire d’autres choses mais c’est à mon sens une erreur. Le Ping évolue tellement vite qu’il faut rester au contact en regardant des vidéos par exemple, s’intéresser aux résultats, rester joueur dans l’esprit sous peine de décrocher irrémédiablement. C’est ce que Mickael a semble t-il fait et qu’il explique très bien dans son interview.

Le cas d’Adrien est plus délicat, plus difficile à expliquer et à comprendre puisque c’est mental…

Un tournoi, un match dans lequel on a tellement mis d’espoir qui se passe mal puis une succession de petites déconvenues qui font qu’après, à la table, là où avant on jouait sans trop se poser de questions, on se met à hésiter un quart de seconde… Et au lieu d’envoyer comme un dingue en revers sur la ligne à chaque balle, on tranche, on loupe et plus on loupe, plus on se pose des questions… Et vous savez quoi ? Plus on se pose de questions et plus on loupe ! Je peux vous en parler facilement et longtemps puisque j’ai retourné cette phrase dans ma tête pendant trois ans. C’est long trois ans. Le pire, c’est que par moment, on rejoue parfois très bien : ce qui nous laisse penser que le mal est derrière nous. Mais non, pas complètement puisque comme évoqué plus haut, c’est bien plus sournois qu’une simple blessure physique.

Bien entendu on arrive la plupart du temps à s’en sortir, mais rarement seul. Dans mon cas c’est Stéphane LEBRUN qui m’a aidé en me faisant prendre conscience qu’il fallait réapprendre à gagner mais aussi redevenir la personne qu’on veut voir pour à nouveau flatter notre égo de champion qui par définition est toujours plus développé que chez un individu lambda. Le problème c’est que pour ne plus entendre les critiques du genre : « il ne reviendra jamais » ou « il ne sera jamais Champion de France », il faut être prêt à jouer à un niveau très inférieur à celui auquel on est habitué depuis des années et parfois dans des conditions de jeu beaucoup moins attrayantes.  C’est le prix à payer pour avoir une chance de soulever à nouveau un trophée et se remettre à gagner.

Mon cas ou celui d’Adrien ne sont pas des cas isolés. Depuis que nous sommes passés aux sets en 11 points, les exemples de joueurs ayant perdu leur Ping pendant une période plus ou moins longue sont moins rares que par le passé et je peux citer le Suédois HAKANSSON ou le Polonais SUCH qui ne me contrediront pas !

Ce qui est certain, c’est qu’avec le travail et l’abnégation qu’il y met, Dédé poursuivra son retour au premier plan… La seule véritable interrogation réside dans la durée ? Et si, après Lausanne, c’était encore ce week-end, aux France, à Mouilleron-le-Captif !

A propos de l'auteur

Christophe

Butterfly l’accompagne depuis 1996. Trois fois champions France en simple, champion d’Europe et vice-champion du monde par équipes, il a aussi participé trois fois aux Jeux olympiques. Toujours joueur professionnel, il est très popuaire en France. Il a récemment intégré l’équipe de Butterfly France.

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