Vous connaissez les frères Bryan au tennis ? Ce sont des jumeaux qui ont gagné presque tous les tournois auxquels ils ont participé. Le fait qu’ils soient jumeaux, qu’ils aient vécu les mêmes choses depuis tout petit, qu’ils se connaissent par cœur n’est, à mon avis, pas étranger à leurs performances.

Au tennis de table, je ne pense pas qu’il y ait de systèmes de jeux complètement antagonistes et il est donc possible de faire une excellente paire de double avec n’importe quel bon joueur, encore faut-il bien s’entendre pour être prêt à partager de longs moments ensemble, fait de joies, de tristesses et de doutes.

Etre partenaire de double ne veut pas simplement dire jouer ensemble, c’est aussi et surtout s’entraîner ensemble, préparer les matchs à deux, avoir confiance l’un dans l’autre et vivre plus régulièrement avec son partenaire qu’avec sa copine ou sa femme !

Le fait de se connaître dans les moindres détails va forcément faciliter la compréhension entre les deux joueurs durant le match où d’un mot, d’un regard ou d’un geste, la paire sera capable de se relancer ou de changer de tactique.

Pour moi, les deux joueurs forment réellement une vraie paire lorsqu’ils attachent la même importance à l’événement, indépendamment de leur tournoi de simple respectif joué précédemment ou ultérieurement. Je veux dire par là qu’on voit trop souvent un des deux joueurs ne plus être à 100% concerné par le double du fait qu’il soit sorti du tableau de simple plus tôt dans la journée ou, à contrario, qu’il pense déjà à son simple à suivre.

Concernant le jeu plus précisément, l’osmose parfaite est atteinte lorsque le partenaire sait, au moment où la balle arrive, quel coup va jouer son double. Cela permet d’anticiper sur la balle suivante et d’avoir en quelque sorte un coup d’avance sur les autres, un peu comme aux échecs.

Pour y arriver, rien de plus simple : jouer, s’entraîner, discuter et matcher ensemble afin de pouvoir déterminer quel est le coup de prédilection de son partenaire et ce sur chaque type de balle.

Je m’explique : nous sommes en remise de service avec mon partenaire et c’est à lui de remettre le service. L’adversaire sert. Première indication au moment de l’impact balle-raquette sur l’effet ou la longueur du service… Puis, à peu près au moment où la balle va passer au-dessus du filet, mon partenaire va prendre une décision : de démarrer si le service sort à peine (ce qui n’aurait peut-être pas été mon cas), de flipper fort diagonale si le service est mou ou encore de piquer la balle en remise. C’est de cette décision dont je dois être presque certain afin de pouvoir anticiper. En effet, je ne vais pas me placer de la même façon si mon partenaire démarre ou bien s’il remet court le service et c’est la  raison pour laquelle il faut connaître les filières de jeu préférées de son double afin d’être le plus performant possible.

Pour moi, qui suis très attaché à cette discipline, être un bon joueur de double c’est aussi savoir mettre à l’aise son partenaire lorsqu’il est moins fort ou lorsqu’il est moins bien. Ne pas vouloir prendre dans ces conditions le match à son compte trop tôt ou trop vite afin de laisser son partenaire se ressaisir et reprendre confiance est aussi une force.

Je terminerai en disant qu’à l’instar d’un sport collectif, les sensations sont souvent multipliées en double. Partager ces moments comme lors des compétitions par équipes permet souvent de sceller une amitié pour toujours et à la fin d’une carrière, quelle soit longue ou éphémère, exceptionnelle ou simplement belle, ce sont généralement ces histoires d’Hommes, faites de souvenirs et d’anecdotes qui restent gravées dans nos têtes.

A propos de l'auteur

Christophe

Butterfly l’accompagne depuis 1996. Trois fois champions France en simple, champion d’Europe et vice-champion du monde par équipes, il a aussi participé trois fois aux Jeux olympiques. Toujours joueur professionnel, il est très popuaire en France. Il a récemment intégré l’équipe de Butterfly France.

Articles similaires