L’attaque des défenseurs

Par Christophe LEGOÛT

La plupart du temps, à quelques exceptions près, lorsqu’on est jeune, jouer contre un défenseur relève du casse-tête ! Parfois, avec les années, grâce à un entraînement régulier sur ce système de jeu, on progresse, au point pour certains joueurs de finir par se régaler dessus et d’en venir même à en vouloir dans son tableau… Ce n’est malheureusement pas encore mon cas !

Choisir de jouer en défense c’est d’abord accepter d’avoir des matchs quasiment joués d’avance, dans un sens comme dans l’autre. En effet, certains n’arriveront jamais à battre de bons défenseurs durant leur carrière alors que pour les Chinois, WALDNER, PERSSON, ROSSKOPF ou plus près de nous Patrick CHILA, certaines rencontres faisaient figure au mieux d’échauffement, au pire de bêtisier ! Je me souviens avoir vu KONG Linghui rigoler tout le match avec Koki MATSUSHITA tellement il le martyrisait, Jorgen se moquer du système de jeu de Matthiew SYED ou encore Patrick  mettre 11-0 à Chen Wenxing.

Il faut cependant pondérer un tout petit peu ce cliché sachant que même les meilleurs ont déjà perdu contre des « ramasse-miettes », souvent parce qu’ils enchaînaient deux matchs sur défense (et que le bras souffrait) ou bien parce que chaque joueur avait son style de défense préféré : celui qui coupe plus pour l’un mais est moins régulier comme c’était le cas pour Daniel TSIOKAS ou celui qui en ramène mille mais souvent molles comme Syed.

C’est JOO See-Yuk qui a changé la donne en atteignant la finale à Paris en 2003. En effet, pour la première fois depuis bien longtemps, on réalisait qu’avec ce système de jeu on pouvait à nouveau faire partie des meilleurs joueurs du monde, encore fallait-il l’améliorer sensiblement.

C’est ce qui s’est passé pour le coréen et pour tous les défenseurs qui étaient en activité ou qui sont apparus depuis sur le circuit. Je pense à GIONIS, CHEN, FILUS, MURAMATSU, SHIONO…

Ces défenseurs ne se contentent plus de remettre la balle de façon plus ou moins dure pour l’adversaire  mais maintenant, ils attaquent « ces salauds »… Et plutôt très bien ! Quand vous voyez GIONIS armer en coup droit, il vaut mieux se planquer !

C’est tout leur système de jeu qui a évolué de manière significative à commencer par leurs services. Là où il y a encore quelques années les défenseurs faisaient une simple mise en jeu, aujourd’hui les meilleurs servent de manière à s’amener le jeu là où ils le souhaitent comme n’importe quel attaquant. C’est la raison pour laquelle il faut se forcer à remettre sur un défenseur comme on le ferait contre un joueur classique.

Mais le plus visible est sans doute la défense du coup droit à proprement parlée qui a quasiment disparu de la palette de coups des défenseurs. Tous font maintenant une remise d’effet en coup droit si la balle est trop courte ou trop basse. En revanche, si la balle est plus facile, que ce soit parce que l’attaquant a mal jugé l’effet ou a pris un peu trop de sécurité, là c’est la punition… Un contre-top, pas toujours très rapide (quoique) mais tellement difficile à contrôler à cause de l’effet latéral.

A-t-on pour autant tout vu ? Je ne crois pas… FILUS l’allemand est un des seuls à attaquer aussi bien du revers ce qui est assez atypique et pour l’avoir joué, surprenant et puis pas un seul gaucher n’a adopté ce système de jeu depuis Christian MARTIN et là, je pense que ça ferait une sacrée différence pour certains… Prenez le cas des joueurs avec soft, et bien seul HE Zi Wen est gaucher et je suis persuadé que s’il tire encore son épingle du jeu, hormis sont indéniable talent, c’est également du à sa latéralité. Le chinois espagnol a 54 ans… Quelque chose me dit qu’on n’est pas au bout de nos peines !

A propos de l'auteur

Christophe

Butterfly l’accompagne depuis 1996. Trois fois champions France en simple, champion d’Europe et vice-champion du monde par équipes, il a aussi participé trois fois aux Jeux olympiques. Toujours joueur professionnel, il est très popuaire en France. Il a récemment intégré l’équipe de Butterfly France.

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