Jérémy Petiot : « je suis parti de très loin »

Troisième de la Race organisée pour bâtir la sélection au championnat du monde par équipes au Japon (28 avril au 5 mai), Jérémy PETIOT (n°156 mondial) a finalement été retenu comme remplaçant à l’issue du championnat de France disputé début mars à Mouilleron-le-Captif. Sans amertume, il revient sur son parcours débuté à Bobigny avec son entraîneur de toujours, Julien GIRARD.

Jeremy_Petiot_RG-40Comment as-tu débuté le ping ?
Tout simplement à l’école. Mon frère aîné, Michaël, avait débuté un an avant moi, et je l’ai suivi au club de Bobigny. C’est là que j’ai rencontré Julien GIRARD, l’entraîneur du club. J’avais sept ans et il a tout de suite remarqué mes qualités. J’ai deux petits frères qui pratiquent le ping mais en loisirs. Mon père a joué au niveau National en foot, au Paris FC.

Pourquoi as-tu quitté le club de Bobigny dès l’âge de onze ans ?
Mes parents travaillent dans la restauration et ils ont décidé de mettre le cap sur Niort. J’ai intégré une section sport-études dans un collège à Niort et, deux ans après, Julien m’a rejoint au club de Souché-Niort. En plus des séances avec le club, il m’entraînait quotidiennement de 12h à 14h.

À  ce moment là, te considères-tu déjà dans une logique de haut niveau ?
Pas du tout. Dans les catégories benjamins, minimes, je me qualifiais pour les France et quand je sortais de poule, je perdais au 1e tour. Je ne m’entraînais peut-être pas assez, je faisais du ping-pong pour m’amuser. La première année que j’ai disputé le championnat de France junior, j’étais classé 25 et n°64 du tableau !

Finalement tu as fais le choix de mettre de côté les études…
Après ma seconde, Julien m’a conseillé de suivre les cours par le CNED avec l’objectif d’être champion de France junior. Il y croyait plus que moi. À partir de mon année de J1, je me suis entrainé régulièrement à La Romagne, deux jours toutes les deux semaines.

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Jeremy_Petiot_RG-40L’année de J2 tu as nettement progressé…
Je jouais avec Souché Niort en N3 et on est monté en N2. J’ai réalisé beaucoup de performances et je suis arrivé autour de la 240e place du classement français. J’ai décroché deux sélections en équipe de France sur des compétitions internationales mais je n’ai pas performé. Du coup, je n’ai pas été rappelé. Cette année là, je décroche une médaille d’argent en double avec Pierre BEZARD aux France.

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Ton entraîneur julien GIRARD connaît alors des démêlées à Niort. Comment tes parents ont-ils validé le fait que tu arrêtes ta scolarité puis que tu continues à le suivre ?
À l’école, je n’étais pas un crack et il valait mieux que je m’approprie le tennis de table : Julien a eu cette idée et moi j’étais partant. Mes parents ont fait confiance à 100 % à Julien car il le connaissait depuis 10 ans. Malgré ses soucis je n’ai jamais douté et je n’ai jamais pensé à le lâcher d’autant que c’était un tissu de mensonges. Et si aujourd’hui cela marche pour nous, c’est que Julien est un bon entraîneur.

Du coup  vous mettez le cap sur La Romagne…
Je stagnais et la mutation à La Romagne m’a permis de beaucoup plus et de mieux m’entraîner. Le matin, le plus souvent, je m’entraînais avec Julien et l’après-midi avec le groupe pro constitué d’Armand PHUNG, de Brice OLLIVIER, de Dorin CALUS et de CHEN Tianyuan qui venait d’arriver. En fin de saison, je deviens champion de France junior.

Racontes-vous ton parcours victorieux ?
Au 1e tour, je me suis  fait peur avec une victoire 4/2 sur un classé 25. En huitièmes, je m’impose 4/2 sur Alan LE BAIL, en quarts, je bats Thomas LE BRETON 4/2 puis Victorien LE GUEN aussi par 4/2. En finale, je suis mené 2/0 par Clément DROP et je finis par m’imposer 4/2 !

Enfin la consécration ?
J’ai gagné mais je n’y croyais pas, j’étais sous le choc. Je ne réalisais pas. C’était une première concrétisation. Mais dans le fond, c’est Julien qui m’a poussé, qui y croyait plus que moi : il a réussi  à me donner confiance. Cette victoire n’était pas une finalité : certains n’ont jamais percé après ce titre.

BONUS VIDÉO

De cette génération, il reste…
C’est la génération 90. Pierre BEZARD, Michael SAMOUILLAN et Clément DROP ont maintenant un métier. De la génération 89, il y avait notamment Vincent BAUBET et Abdel-Kader SALIFOU.

Après ce titre, tu n’es pas sélectionné en équipe de France. Était-ce une frustration ?
En fait j’ai toujours eu la sensation de ne pas exister, de ne pas faire partie du projet de la fédération.  Je n’ai pas fait de pôle espoir, de pôle France, ni intégré l’Insep. Je pense que tout sportif rêve de jouer pour l’équipe de France. L’objectif c’est de représenter son pays.

Le regard des autres a t-il changé depuis que les résultats arrivent ?
Auparavant avec Stéphane OUAICHE et Julien GIRARD on était un peu mis de côté alors qu’on représentait aussi la France. Il fallait que ça change. Sur les opens de Suède, de Hongrie, au Koweit et au Qatar, Patrick CHILA s’est rapproché de nous. On est un peu plus considéré. Je pense que ce n’est pas plus mal car cela amène de la concurrence, et cela peut aider tout le monde à avancer.

C’est un trio inséparable ?
J’ai habité plusieurs années avec Julien puis avec Stéphane. Le plus difficile est de différencier les moments où Julien est un grand frère, un copain et quand il met sa casquette d’entraîneur.

Comment organisez-vous les sorties internationales ?
Mes parents et Julien ont mis de l’argent pour que je puisse faire des stages en Chine, au Japon, à Ochsenhausen, au Danemark. Tout cela m’a beaucoup aidé. J’investis aussi de mon côté. Quand je vais sur un open, je ne pars pas en vacances. Je me donne les moyens de réussir et lorsque une performance arrive, c’est une concrétisation du travail de tous, aussi du préparateur mental et du préparateur physique à Villeneuve.

En battant Ruwen FILUS et YANG Zi, au Koweit et au Qatar, tu as montré ta capacité à enchaîner…
J’ai souvent réussi des petits exploits. Le premier c’était en Suède, il y a deux ans, avec une victoire sur le Japonais CHAN Kazuhiro qui était n°51 mondial. Mais c’est vrai que je n’avais jamais vraiment enchaîné. C’est lié au fait que je fais peu d’opens du Pro-tour, deux à trois par an, faute de moyens. Avoir battu YANG Zi après FILUS a démontré que je peux jouer à ce niveau là de temps en temps.

Tu vis et joues à Villeneuve-sur-Lot. Quel est votre fonctionnement ?
J’ai suivi Julien à Villeneuve. Le président du club veut que tous les joueurs du club vivent et s’entraînent à Villeneuve. C’est une ville agréable… On a tous la clef de la salle, on peut y aller quand on veut. Hormis le mercredi qui est notre jour de repos, nous avons entraînement deux fois par jour du lundi au vendredi puis le week-end, un entrainement le samedi matin et un second le dimanche après-midi. En plus de Stéphane OUAICHE, il y a Lashin AL SAYED et Hampus SODERLÜND (Team Butterfly) qui s’entraînent au quotidien. Paul LAVERGNE et Grégoire JEAN viennent souvent s’entraîner avec nous. Mais c’est certain que pour viser plus haut, il faut une relance de qualité. Patrick CHILA est venu nous voir afin que de temps en temps nous puissions nous entraîner à l’Insep.

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Qui sont tes modèles, tes joueurs préférés ?
Quand j’étais petit, j’ai regardé beaucoup de vidéos de WALDNER. Du côté des Français, ce sont les Mousquetaires qui sont toujours mes idoles. C’est étrange d’ailleurs d’avoir joué face à eux, c’est un peu comme jouer face à des posters. C’est encore plus étrange d’avoir pu rivaliser de temps en temps.

Et aujourd’hui ?
Celui que j’adore c’est MA Long. Il est impressionnant, rapide et puissant. C’est magnifique. Je suis droitier mais j’adore le style de jeu de Timo BOLL (Team Butterfly) et des Allemands en général, comme Dimitri OVTCHAROV ou même Patrick FRANZISKA (Team Butterfly). Les Allemands sont des références.

Parlons de ton jeu, quelles sont tes qualités premières ?
La puissance de mon coup droit et ma capacité à mettre beaucoup de rotations dans la balle, au service et en top-spin. Physiquement, je suis puissant sur les jambes, je peux tenir l’échange longtemps. Cela m’a toujours permis d’encaisser à l’entraînement.

Depuis quand es-tu soutenu par Butterfly ?
J’ai toujours adoré la marque et j’ai toujours voulu être sponsorisé par Butterfly. Jusqu’en junior, je n’avais pas de sponsor mais Stéphane MICHEL m’aidait déjà un petit peu. Lorsque je suis devenu champion de France junior, il m’a fait un contrat et j’ai toujours été soutenu même dans des périodes de bas. Stéphane m’a aussi conseillé de plus sortir sur la scène internationale. C’était un investissement à faire pour plus tard. Aujourd’hui je joue avec deux Tenergy 05 et un bois ZLC.

Si le ping devait s’arrêter soudainement, que ferais-tu ? Qu’as tu imaginé à plus long terme ?
Après ma carrière je veux faire entraineur. Mais je suis aussi suis passionné par la cuisine, alors c’est une voie possible.

Quels sont tes loisirs ?
J’aime vraiment bien tous les sports, le badminton, le foot, le tennis… Mais j’ai deux passions, la cuisine (je n’aime pas trop lire mais je suis capable de me plonger dans des livres de cuisine) et la pêche. Depuis que je suis arrivé à Villeneuve, je me suis acheté le matos et l’été je me lève parfois à 05h du matin pour une partie de pêche.

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

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