Les joueurs ont beau s’entraîner des heures et des heures, répéter sans cesse des gammes, faire et refaire des services, travailler sans relâche leurs points forts comme leurs points faibles, il demeure toujours un doute dans leur tête avant un match : comment vais-je jouer ? Et plus le match approche, plus le doute grandit…

Afin de rentrer le mieux possible dans sa partie, les joueuses et les joueurs ont chacun développé une préparation bien spécifique, préparation amenée à évoluer, au fil des années, puis à se figer dans les grandes lignes avec le temps… Ou plutôt l’expérience devrais-je dire.

Cependant, lorsque vous voyez à plusieurs reprises un champion s’échauffer, se préparer et se mettre en condition avant un match, vous êtes en droit de vous poser la question de savoir si les pongistes et autres sportifs ne sont pas tous superstitieux. En effet, même si ces derniers ont bien souvent du mal à l’admettre, la barrière est souvent bien mince entre le rituel de la préparation et la superstition.

La préparation d’un match ou d’une rencontre peut commencer bien en amont du jour J. Cela peut débuter en stage lorsque le tirage au sort d’une compétition par équipe est effectué, ou bien à l’entraînement, la semaine avant un match de Championnat ou de Coupe d’Europe. Dans ces cas précis, cela se traduira plus par une préparation à la table, c’est-à-dire avec la mise en place d’exercices sensés mettre en difficulté les futurs adversaires. Mais plus généralement, et c’est ce qui nous intéresse ici, nous allons nous attacher à parler plus de l’avant match. Vous savez, ces 20 ou 30 minutes ou vous sentez la tension monter en vous, parfois jusqu’à vous inhiber.

Prenons un exemple d’un open du Pro-tour ou d’un Championnat de France. J’ai passé mon premier tour à 13h et je connais dorénavant mon adversaire pour le match de 18h, c’est-à-dire dans 5h. A partir de ces données, je vais entrer tout doucement dans ma préparation, préparation qui va s’affiner à l’approche du match pour prendre fin lorsque je vais enjamber la séparation pour serrer la main de mon adversaire et de l’arbitre.

Première chose importante, essayer rapidement de faire une sorte de rétro-planning afin de savoir à quelle heure je dois être à la salle pour m’échauffer et donc par déduction, savoir combien de temps il me reste pour commencer à me préparer. Le match est à 18h. Je veux arrêter de m’échauffer vers 17h30 afin de garder mes 30 minutes de mise en condition. Comme j’ai déjà joué un match ce matin et que les conditions de jeux sont bonnes, j’estime que 45 minutes d’échauffement suffiront. Il faudra donc, en prenant une petite marge, que j’arrive à la salle aux alentours de 16h30. Comme la salle n’est qu’à 10 minutes de l’hôtel, je prévois un départ à 16h15 (petite marge encore au cas ou !) En ce qui concerne le repas ou la collation et afin de respecter la célèbre règle des 3h, il faudrait dans l’idéal que je puisse manger vers 15h.

Pour le moment, il est 13h et je rentre à l’hôtel. Je vais me poser un peu, regarder les tableaux pour savoir qui est encore en course puis retenir les points positifs de mon match que je viens de gagner. Ensuite je vais préparer mon sac pour le match de 18h et jeter un œil à mes notes qui regroupent les points forts et points faibles de mes adversaires sur mon cahier ou sur mon Iphone. Dans l’éventualité où je n’ai jamais rencontré mon futur adversaire, (et même parfois si ça l’est), je vais en plus essayer de trouver une vidéo sur Internet d’un de nos matches afin de conforter mon ressenti après ma lecture de notes.

L’heure est au repos mais suite à la vidéo regardée, je me projette déjà dans mon match en essayant de visualiser au mieux la future tactique à adopter. Quels services je vais utiliser en base, où je vais essayer de jouer au maximum, comment venir remettre son service de base, etc…

Le repas est en général un moment de détente où on peut être amené à discuter avec d’autres joueurs ou entraîneurs mais le véritable commencement de ma préparation va débuter lorsque je vais quitter ma chambre d’hôtel en me jurant de revenir en vainqueur !

L’échauffement n’est qu’une formalité, si ce n’est qu’il n’est pas rare que juste avant une rencontre, on change un peu nos exercices afin de coller au plus près du match qui va suivre.

Il est 17h30, je vais aller donner ma raquette pour le contrôle, choisir les balles et me mettre dans ma bulle.

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Certains joueurs écoutent de la musique (les Suédois notamment), d’autres discutent (les joueurs des pays de l’Est souvent), quelques-uns fument dans les vestiaires mais moi je préfère me concentrer à l’écart, dans un endroit que j’ai appris à repérer au début du tournoi. Cela peut être un autre vestiaire, un couloir, mais c’est généralement un lieu peu fréquenté pour être certain d’être tranquille.

C’est là que ma préparation va prendre une tournure de rituel, proche de la superstition. Je vais en effet m’échauffer à nouveau physiquement une dizaine de minutes avant de me poser et de faire de l’imagerie mentale. Pour finir, je mimerai quelques échanges presque toujours avec le même timing, seulement perturbé par les allers-retours aux toilettes à cause du stress !

Toute cette préparation, que les joueuses et joueurs adoptent et qui leur est propre, nous permet d’arriver dans l’aire de jeu dans les meilleures conditions, rassuré par notre routine d’avant match qu’on vient d’effectuer, mais cela n’est heureusement pas un gage de réussite ou de victoire, la glorieuse incertitude du sport et surtout l’adversité faisant bien souvent déjouer nos plans imaginés l’après-midi dans notre chambre d’hôtel…

Andrej GACINA : le Croate, n°21 mondial, décrit avec minutie sa « routine ».

A propos de l'auteur

Christophe

Butterfly l’accompagne depuis 1996. Trois fois champions France en simple, champion d’Europe et vice-champion du monde par équipes, il a aussi participé trois fois aux Jeux olympiques. Toujours joueur professionnel, il est très popuaire en France. Il a récemment intégré l’équipe de Butterfly France.

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