Le talent de Carole GRUNDISCH est indiscutable : la qualité de son jeu d’attaquante puissante avec des rotations à faire pâlir les garçons, à vingt-six ans elle a déjà remporté quatre titres de championne de France et est incontournable en équipe de France. Seulement voilà, au niveau international, avec notamment deux échecs pour se qualifier aux Jeux olympiques, la Franc-Comtoise peine à grimper dans la hiérarchie mondiale, à s’installer durablement dans le Top 100. À l’occasion de l’Open de Russie comptant pour le Pro-Tour, elle a atteint les quarts de finale grâce à des performances de haute volée qui s’inscrivent dans une nouvelle dynamique depuis plusieurs mois : Carole est sur la voie de l’épanouissement, son élément bonus pour performer et accrocher le Top 50 mondial, une position qu’elle peut viser sans complexes. Elle devrait pointer au prochain classement ITTF du mois de décembre à la 80e place mondiale.

Carole est toujours en interrogations, en recherche de l’élément qui la fera avancer. Elle nous raconte ici avec émotion et sans détours ce qui a changé dans son quotidien : de nouveaux horizons, de nouvelles collaborations et des partenaires d’entraînement souvent masculins. La tragique disparition de Valéria BORZA a bouleversé sa vie. Un drame qui l’encourage à se réaliser, à atteindre le sommet que son potentiel lui permettra, pour aussi rendre hommage à son amie. « Depuis plusieurs mois j’ai un bon niveau de jeu mais il me manquait les bonnes personnes autour de moi. »

« Ce qui a déclenché une prise de conscience, c’est lorsque je m’incline alors que je mène 9-4 la belle face à la Turque HU Melek lors du championnat du monde à Bercy. La nouvelle équipe technique se mettait en place à l’Insep et Valéria BORZA (Vali) était encore parmi nous.

Nous avons ensuite initié une collaboration avec Vali qui m’a accompagné au championnat d’Europe 2013 à Schwechat. Parallèlement je vivais alors une situation personnelle difficile.

Vali est partie en décembre 2013 (méningite foudroyante) et j’ai eu besoin de me poser pendant trois mois. La décision de partir seule au Japon pour un long stage a été un élément marquant : c’était un stage prévu depuis plusieurs mois et il m’a transformé. Cela m’a permis de réfléchir sur ma vie privée, sur le ping. J’ai alors décidé de reprendre mon autonomie.

Carole_Grundisch_RG_04Bien que j’ai fait des études (elle est kinésithérapeute), j’ai toujours voulu faire du ping de haut niveau. Mon erreur a été de ne pas, beaucoup plus tôt, me remettre suffisamment en question, de faire aveuglement confiance. Pas que je sois tombée sur des entraîneurs malveillants mais à partir d’un certain niveau il y a d’autres aspects qui comptent, des façons différentes de s’entraîner. Il fallait que j’arrête de faire tout ce qu’on me disait, que je pense à moi. Sans être égoïste, que j’ouvre les yeux.

Stéphane TRADORI, le compagnon de Sara RAMIREZ, ma coéquipière au Kremlin-Bicêtre, m’avait sollicité en 2013 pour être le sujet de son mémoire sur la préparation mentale. C’est la première fois que j‘ai abordé cet aspect. Une vision tout à fait nouvelle sur mes capacités et mes travers. Je suis quelqu’un qui se remet beaucoup en question car je n’ai pas confiance en moi. Je n’étais pas convaincue : Vali avait été la première à me pousser à avoir plus confiance.

En 2012, j’avais réalisé de bons championnats du monde par équipes à Dortmund. Je me sentais vraiment bien mais lorsque je suis arrivée à la qualification au Luxembourg pour les J.O. de Londres, je me suis sentie totalement perdue. J’avais fait tout ce qu’il fallait, mon quota d’heures à l’entraînement, du physique, du panier mais aucun match d’entraînements. Cette qualification est la compétition la plus difficile, il faut faire des combats et je ne suis pas arrivée le couteau entre les dents.

J’estime qu’à l’Insep il y a essentiellement de jeunes joueuses et j’ai à la fois besoin de renouveau et d’une adversité différente.

À Levallois et à Villeneuve, je peux être opposée à des garçons bien plus forts, de même niveau ou bien moins forts. On met en place des formules, par exemple avec des handicaps, afin que je sois toujours bousculée et dans des situations proches des matches.

Depuis deux ans, je me rends régulièrement à Levallois où j’ai retrouvé une dynamique de club, de compétition et de plaisir. Les entraîneurs m’ont tous apporté, Lénaik LOYANT, Guillaume GERMOND, Vincent PREVEL et Marcel ELBAZ. Ce dernier me regardait d’un œil distant et depuis peu on a commencé à discuter. Il a une vision qui me parle et qui m’aide. Il a réveillé en moi des choses et depuis un mois, il m’aide sur les aspects psychologiques et sur le ping.

Avec Julien GIRARD (coach du PPC Villeneuve et membre du Team Butterfly) nous avions initié une première discussion lors de l’open de Suisse en 2013. Nous nous sommes revus à plusieurs occasions et cette année, après le Mondial au Japon où il était présent, il m’a proposé de venir régulièrement à Villeneuve. Je me suis engagée dans cette nouvelle collaboration sur deux années.

Avec Julien j’ai trouvé un interlocuteur, une personne de confiance avec laquelle j’ai un super feeling sur le ping. En fait, l’aspect humain ce cette relation est fondamentale. C’est ce qui a souvent manqué dans mes relations précédentes entraineur /entrainée.

J’ai effectué un premier stage en juillet qui s’est très bien passé. J’y retourne régulièrement : j’y serai à nouveau en décembre puis en janvier avant de retourner sur le circuit international. Je n’y vais pas aussi souvent que je le voudrais mais en si peu de temps j’ai déjà réalisé des perfs intéressantes. À Villeneuve, je joue un peu le rôle de grande sœur avec les garçons qui sont tous plus forts que moi et qui m’apportent beaucoup. Là-bas je n’ai pas l’impression de travailler pourtant on bosse dur avec la méthode d’entraînement mise en place par Julien. »

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

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