Il avait été invité en janvier 2014 pour disputer la DHS Cup à Lausanne : un Top 12 retoqué en étape de qualification pour la Coupe du monde individuelle. Une wild-card bonifiée par Adrien MATTENET qui réalisait une bonne compétition pour terminer 4e en Suisse. Puis le n°1 français bénéficiait d’une invitation pour participer à la Coupe du monde à Düsseldorf (24 au 26 octobre) parmi 20 joueurs issus de l’élite des cinq continents.

Le tirage au sort de la poule de qualification envoyait Adrien affronter l’Australien William HENZELL et le Grec Panagiotis GIONIS. Avec une seule victoire en huit confrontations, Dédé parfait avec un gros déficit face au meilleur joueur grec de l’histoire. « Je l’avais battu une seule fois en Pro A lorsqu’il évoluait à la Vaillante Angers. » Et d’égrainer toutes ses défaites face au défenseur qui a rejoint la Bundesliga en début de saison. « Je l’ai perdu aux Jeux Méditerranéens, au tournoi du Luxembourg, deux fois au championnat d’Europe (Gdansk et Lisbonne), au championnat du monde de Tokyo, une fois en Pro A et une autre fois en Bundesliga. » Avec quatre défaites de rang, Adrien MATTENET devait revoir sa méthode pour enfin perturber le Grec, le meilleur défenseur en Europe et qui appartient au gotha mondial.

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Düsseldorf, 24 octobre. 9e match entre GIONIS et MATTENET. Le Grec mène désormais 7-2. Photo Rémy GROS

Avant la Coupe du monde, avec l’entraîneur national Patrick CHILA, Adrien MATTENET a planché sur ses adversaires potentiels. « Il y avait une chance sur quatre que je tombe sur lui. GIONIS était le joueur que nous avions le plus analysé, en rigolant on s’est dit qu’il fallait le jouer car nous étions persuadés qu’avec notre travail, il y avait moyen de faire quelque chose. » Et Patrick CHILA de lui rappeler aussi que parfois les défenseurs n’ont pas de bonnes sensations, ne sentent pas bien la balle en fonction de la salle ou de la table.

Forcément pour réussir un match plein, les aspects tactiques, techniques et psychologiques sont liés. « GIONIS était devenue ma bête noire. Mentalement je me rattachais au fait que quand je joue un mec que je bats tout le temps, la bonne série finira pas se terminer. Mais à force de perdre sur GIONIS j’ai fini par nourrir un complexe. J’ai décidé de me poser pour réfléchir car renoncer n’est pas mon tempérament. » Et d’assimiler que la confiance était l’ingrédient indispensable pour arriver à la table avec ambition.

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Adrien MATTENET a « tiré » la balle pour vaincre le Grec GIONIS. Rémy GROS

La preuve par l’image

Le travail vidéo réalisé sur les précédents matchs GIONIS-MATTENET a permis de mettre en lumière les opportunités pour déstabiliser le brillant défenseur. « En analysant point par point le match disputé à Lisbonne (Championnats d’Europe par équipe – septembre 2014), j’ai estimé que j’avais des atouts pour gagner et même si en face c’est fort, je ne devais pas arriver abattu. » La tactique peut paraître très simple, avec en plus une énorme dose de feeling et de compétence bien sûr. « Si la première balle était facile, l’idée était d’envoyer fort en coup droit ou en revers, des deux côtés. En revanche, si la première balle était dure, le principe était d’aller dans son revers en rotation puis de prendre le coup droit. Et de jouer. » En étant bien bas sur les jambes, avec une mise en action physique qui constitue le point fort du Francilien.

Et d’ajouter : « La base sur GIONIS, c’est de ne pas commettre des fautes bêtes sur les premières balles. J’ai remarqué aussi que je ne l’amenais pas en défense alors qu’il est défenseur. C’était étonnant à observer. » Ne pas commettre de fautes, tout en jouant des balles suffisamment dures, permet de s’installer dans le match et de faire jouer le défenseur, de le faire bouger de sa ligne de sol. En insistant dans le revers du Grec, MATTENET a annihilé les opportunités d’attaques de son adversaire. « J’ai joué différentes balles sur son coup droit, j’ai cherché à le gêner sur la profondeur. Comme il était déstabilisé du côté revers et le fait qu’il soit mené, son bras n’était pas relâché. » Une tactique, une concentration intense pour une copie presque parfaite avec quatre sets rondement menés : 11/9 11/8 11/8 11/8. Et peut-être pour le sociétaire de Sarrebrück de mettre fin à ce complexe face aux défenseurs. Adrien remportera son 2e match 4/3 face au fantasque australien William HENZELL avant de s’incliner le 2e jour, en huitièmes de finale face à Timo BOLL (double vainqueur de la Coupe du monde et médaillé de bronze le lendemain), non sans livrer une partie de qualité.

Alors quels bénéfices le n°1 français pourra retirer de son parcours de qualité à Düsseldorf ? « La fiche que j’avais réalisée sur GIONIS, est en réalité une fiche générale que je dois appliquer sur tous les joueurs. Il y a des piliers sur mon jeu : je dois avoir une meilleure prise d’infos sur la première balle pour éviter les fautes bêtes afin, ensuite, de rentrer dans le jeu, en faisant parler mes qualités physiques. » Le domaine où Adrien est le plus percutant, le plus complet.

GIONIS – MATTENET – Coupe du monde 2014 – Le best-of

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

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