La finale du tableau de double masculin des Championnats d’Europe disputés à Ékaterinbourg a vu le sacre de la paire constituée par le Portugais Joao Monteiro et l’Autrichien Stefan Fegerl. Ils se sont imposés face à une paire exclusivement autrichienne : Robert Gardos et Daniel Habesohn déjà sacrés en 2012 à Herning et finalistes à Schwechat l’année suivante.

S’agit-il d’une spécialité autrichienne depuis l’avènement mondial de la paire Jindrak-Schlager (aussi championne d’Europe en 2005) ? Monteiro, Fegerl, Gardos et Habesohn s’entraînent à Schwechat au sein de la Werner Schlager Academy. Ces garçons se fréquentent quotidiennement et ont certainement tissé des liens d’amitié qui les rendent plus complices à la table. Surtout, ils doivent consacrer quelques séances spécifiques au double qui expliquent leur présence régulière sur les podiums. Christophe Legoût, du haut de ses 10 titres de champion de France de double et Julien Girard, nous livrent leur analyse.


Christophe Legoût : 
Tout d’abord, je serais tenté de demander : qu’est-ce qu’une bonne paire de double ? Dans notre imaginaire, l’image du double « parfait », celui qui peut gagner, c’est un gaucher associé à un droitier avec deux joueurs plutôt à l’aise en services-remises. Dans les faits, on s’aperçoit que deux gauchers peuvent réussir à gagner comme Philou et Chils (Jean-Philippe Gatien et Patrick Chila) et que deux droitiers sont eux aussi capables de soulever des trophées.

Selon moi, peu de paires sont incompatibles à cause de leur système de jeu. Il est vrai que deux gauchers, faibles en revers et jouant sur la même ligne de sol, vont forcément avoir du mal à s’en sortir mais sinon, avec l’habitude de jouer ensemble et l’entraînement, rien ne devrait prédestiner certaines paires à se cantonner aux premiers tours des compétitions.

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Christophe Legoût (photo Rémy Gros)

En double, ce qui fait la force d’une paire, c’est le fait de savoir quel coup va jouer son partenaire suivant la qualité ou la longueur de la balle qui arrive, et ce avant même que son partenaire ne la touche. Toute l’anticipation vient de là et on y parvient par du travail et en jouant souvent ensemble. Par exemple, sur une balle deux rebonds, si on sait que son partenaire adore jouer cette balle fort et en diagonale, on va pouvoir anticiper un pivot et donc avoir une certaine avance sur le déroulé du point.

Concernant les partenaires, en France, nous avons trop tendance à en changer en fonction des compétitions auxquelles les joueurs sont inscrits et je ne crois pas que cela soit une bonne chose… De plus, on ne s’entraîne pas en double.

Par le passé, nous avons certes remporté des médailles et des titres mais sans pour autant beaucoup travailler spécifiquement. Mais le ping a évolué pour ne pas dire beaucoup changé. Tout est devenu plus professionnel à commencer par les joueurs et donc le niveau de jeu. Aujourd’hui, gagner sans s’entraîner ou presque, seulement grâce à son talent, est devenu impossible.

Et pourtant, le constat est simple et tout le monde l’a déjà fait : c’est en double qu’il y a le plus de chance de gagner une médaille dans les grands championnats, que ce soit aux Championnats d’Europe, du monde ou aux Jeux olympiques.

Alors, à l’heure où tout le monde s’entraîne plus et mieux, pourquoi ne pas réserver quelques séances aux doubles, comme par exemple le lendemain des matches de Championnat, cela pourrait servir de « décrassage »… Après il ne faut pas tomber non plus dans le piège de ne travailler le double que dans des périodes creuses.

Le double, pour tous les joueurs et les Français en particulier puisque nous ne sommes pas encore au top niveau mondial, doit rester une priorité. Il faut que l’investissement soit le même en double qu’en simple. Donc si on a perdu en simple lors d’une compétition, le double doit nous permettre de nous motiver à nouveau, voire de nous transcender.

Quoi de plus beau en effet que de partager avec son partenaire, celui qui partage tout avec nous, nos joies, nos doutes, notre intimité dans notre chambre d’hôtel tout au long de l’année, des victoires ou des titres que l’on va chercher ensemble.

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Julien Girard (Photo Rémy Gros)

Julien Girard : On peut trouver un avantage à travailler en double. Il y a moins d’incertitudes sur le placement et on peut travailler la rigueur du service remise et de la première balle. Pour le coach, il faut s’appuyer sur celui qui est capable d’apporter la stabilité dans la construction des points ! Être un peu plus directif avec lui ! Il faut toujours s’adresser aux deux joueurs , les regarder dans les yeux ! Si un joueur doute, il faut positiver, lui demander de se concentrer sur les placements pour que le copain essaie quand à lui de s’exprimer et de créer pour faire la différence !

Il faut éviter d’encourager un prénom en particulier. Beaucoup de coachs le font quand le joueur fait la faute. Le coach doit prendre du recul et essayer de tenir compte de la complicité des joueurs et s’adapter au fait qu’ils sont capables de réagir ensemble.

Je compare souvent le double au volley-ball quand un des joueurs est moins bien, jouer pour l’autre, préparer pour l’autre ! C’est une notion difficile dans notre sport si individuel mais essentielle en double. Accepter que le copain fasse des fautes bien que le point ait été joué parfaitement. Savoir encourager, rassurer le copain, casser le rythme et discuter quand on va chercher la balle ! Il faut une harmonie de combat, aller dans le même sens : s’encourager ensemble. Un pour tous, tous pour un, dans la défaite comme la victoire !

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

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