La quadruple championne de France se confie généreusement au travers de ces onze questions. Un set de onze points longuement disputé avec ses séries, ses schèmes de jeu, ses points gagnants et un money-time maîtrisé.

Grundisch_2015_RG_01

Carole Grundisch a été sacrée 4 fois championne de France du simple.

1) Pourquoi t’es tu engagée dans une carrière de haut niveau ?
Je dirais qu’au départ je n’ai pas vraiment choisi, on est assez vite embarqué dans les compétitions internationales jeunes et l’ambiance géniale qui y règne, mon goût pour la compétition, m’ont en permanence stimulée. Puis j’ai découvert en grandissant à quel point je voulais atteindre ce rêve ancré en moi de disputer les JO et de continuer à essayer de progresser tant que j’ai cette petite flamme en moi … Elle est plus ou moins vive mais elle est toujours présente et tant qu’elle est là, je continuerai avec la même envie d’aller plus loin.

2) Quelle est ta compétition favorite ?
Difficile à dire, parce que toutes les compétitions ont leur propre charme, à tous les niveaux… Disons que pour ce que j’ai déjà vécu, j’adore les championnats du monde par équipe. D’une part parce que c’est une aventure géniale à partager avec ses partenaires, d’autre part c’est une compétition où on a l’occasion de faire plusieurs rencontres et matches sur la semaine et donc de vraiment se rendre compte de nos capacités. Il faut être constante tous les jours et ce pendant une longue période. Enfin parce que c’est le moyen d’affronter les meilleures équipes de la planète !

3) Comment prépares-tu une compétition ?
Désormais (et cela n’a pas toujours été le cas, et je pense que cela a été une erreur par le passé), je considère chaque compétition comme une étape majeure de ma saison. Que ce soit une rencontre de Pro A, un tour du Critérium fédéral, un championnat d’Europe ou du monde, chaque match me fait avancer avec le but ultime d’être performante aux JO et progresser petit a petit (oui oui même à 29 ans on progresse encore ! ).

En fonction du calendrier et de la compétition concernée, je n’ai pas toujours le même laps de temps, mais pour commencer par la Pro A, un ou 2 jours avant le match, connaissant la plupart de mes adversaires pour les avoir déjà jouées, je repense à mes précédentes confrontations contre ces joueuses, ce qui avait marché, ou pas, leur système de jeu, et j’essaie de mettre en place des séances adaptées la veille (en jouant par exemple contre des picots, ou des jeux de bloc si je sais que j’ai de grandes chances de les jouer le lendemain)…

Pour les compétitions en équipe de France type Europe ou monde, on a au moins une semaine de regroupement avec l’équipe avant le départ pour s’entraîner ensemble.

Avant ce genre d’événement, j’essaie de mettre le plus possible en place des systèmes de comptages des points en fonction de mes adversaires (garçon beaucoup plus fort avec des points négatifs par ex, des matches en 2-3 sets gagnants, des enchaînements de matches en 4 gagnants…)

Grundisch_2015_RG_04

Si Carole Grundisch propose un jeu d’attaque puissant, elle est aussi excellente loin de la table, en « fishing ».

4) Quel est, selon toi, ton meilleur coup technique ou schème de jeu ?
Je pense que le coup droit décroisé est le coup que je préfère, mais je ne l’ai jamais réellement travaillé, je le fais naturellement depuis que je suis petite… Par contre, il était  un peu en sommeil et je l’ai « retrouvé » récemment en redécouvrant mes qualités premières. La puissance et le fait d’être une joueuse offensive et équilibrée est un atout majeur aussi, notamment face aux Asiatiques.

5) Quelles sont tes sensations avec la nouvelle balle ?
Je trouve qu’il faut s’investir un peu plus physiquement, avec des gestes peut être plus amples. Le jeu a été ralenti, et on peut mettre moins de rotation mais cela me frappe moins que la vitesse. Le domaine où les conséquences sont les plus flagrantes pour moi c’est au service où il est vraiment difficile d’être aussi efficace qu’auparavant.

6) Quelle est ta pire défaite ? Et ta la plus belle victoire ?
J’ai eu plusieurs défaites très marquantes mais je vais mentionner surtout celle la plus récente, en 2012 au Luxembourg lors des qualifs olympiques où je perds en demi finale 2-4 contre ma partenaire de club, Mie Skov, alors que je ne l’avais jamais perdue, et surtout qu’on était très proches….elle pleurait dans mes bras la semaine précédente parce qu’avec elle on avait perdu le titre de champions de France par équipe avec le Kremlin Bicêtre alors qu’elle avait des balles de matches sur ses 2 rencontres…et ma coach était Li Samson qui était aussi notre coéquipière d’équipe au Kb, ce qui faisait quand même un mix assez perturbant …! Ceci dit, Mie s’est qualifiée en gagnant son match suivant et elle a vécu les jeux alors que 4 ans auparavant, elle avait raté sa qualif alors qu’elle avait eu 5 balles de matches aussi… Donc après coup je suis vraiment heureuse pour elle et on a d’ailleurs garde contact, elle est maman depuis juin ! Le plus dur dans cette défaite c’est que 2h plus tard j’assistais en direct (et avec Vali Borza à mes côtés), à la qualification d’Yi Fang, et donc à ce moment la, je savais que je ne pourrai pas participer aux Jeux en indivs (1ère qualifiée au temps et Xue était qualifiée déjà via le classement mondial)..ça faisait beaucoup pour une seule après-midi…!

Ma plus belle victoire reste quand même mon premier titre de championne de France, alors que j’étais seulement senior 1, parce que non seulement ça m’a ouvert des portes énormes, en me montrant que j’étais capables d’enchaîner des victoires contre des adversaires plus expérimentées et meilleures que moi, mais aussi parce qu’à partir de ce moment là, j’ai changé de statut et j’ai gagné une crédibilité dans le milieu… Mais le plus important c’est que ca m’a permis de croire en moi et de savoir que j’étais capable de réaliser des exploits.

Grundisch_2015_RG_037) Qui est ton adversaire favori ?
Je n’ai pas d’adversaire favori (dommage ça serait trop cool de pouvoir se dire : ah je joue untel, bon ben c’est tranquille !) Chaque adversaire est vraiment compliqué à battre pour plein de raisons, et même si je pense qu’il y a des joueuses que je n’ai jamais perdues, ça ne veut pas dire que c’est facile….je pense surtout aux joueuses que je n’ai jamais battues (Vacenovska par ex….). Il est vrai que j’affectionne particulièrement le jeu sur défenseuse mais ça ne veut pas dire que je ne perds pas de défenseuses… La preuve j’ai déjà perdu Li Xue et Xian Yi Fang aux France, ou encore Li Kath Ran en Pro A.

8/ En moyenne, combien d’heures t’entraînes-tu par semaine ? Et en fonction des périodes ?
Je m’entraîne 3h par jour mais c’est une moyenne puisque après les matches de pro, je ne m’entraîne pas le mercredi, et je ne compte pas dans ces 3h le travail physique qui varie en fonction des périodes. L’été j’en profite pour faire du physique et des activités de plein air. Durant la saison c’est surtout de l’entretien. Niveau ping, en été on reprend aussi avec pas mal de volume de jeu.

9) Si tu devais proposer à quelqu’un de débuter le ping, que mettrais-tu en avant ?
Que l’apprentissage du ping est un processus long, parsemé de défaites formatrices, de victoires mémorables et d’aventures humaines essentielles. Que le ping est un sport complexe qui demande d’être complet et capable de s’adapter à toutes les conditions.

10) Quand tu vois une nouvelle joueuse arriver sur le circuit international ou dans le Championnat de France, que fais-tu ?
En général les nouvelles joueuses qui arrivent sur le circuit, ce sont des Chinoises, donc on sait d’emblée qu’elles seront redoutables ! Sinon, on entend toujours parler des jeunes pousses qui arrivent et commencent à faire leur route, alors ça me fait toujours plaisir de voir comment elles jouent et leurs qualités, voir enfin pourquoi elles deviennent meilleures.

Grundisch_2015_RG_02

Avec son coach, Julien Girard (Team Butterfly).

11) Si tu dois affronter une amie ou une joueuse avec laquelle tu as des atomes crochus, comment fais-tu pour la considérer comme un simple adversaire ?
Ah ah, c’est un problème vraiment pertinent et récurrent puisque entre le club, l’équipe de France, les compétitions individuelles en France, la concurrence interne pour la qualification aux J.O., championnat du monde… Nous sommes en permanence adversaire/partenaire… et nous passons énormément de temps ensemble. Cela fait partie des points sur lesquels chaque joueur travaille et un joueur de haut niveau doit être capable de faire abstraction de l’affection qu’il porte pour son adversaire. Je dois reconnaître que ce n’est pas toujours facile et que je suis pas une experte en la matière. Mais je fais en sorte de vraiment préparer match après match, en jouant point par point avec la victoire en tête quelle que soit mon adversaire. A la table on est des adversaires, on redevient des amis dès que le dernier point a été marqué. C’est se respecter soi-même et son adversaire / ami que de donner son meilleur pendant le match.

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

Articles similaires