Champion d’Europe cadet en 2011, Andréa Landrieu attirait aussi les regards en jouant avec une orthèse au bras droit. Après deux opérations et de longues périodes de doute, Andréa réalise une saison prometteuse qui le replace sur la route du haut niveau. À seulement 20 ans, il démontre que son implication à l’entraînement n’est pas vaine : il vient d’effectuer un bond de 43 places au classement mondial (n°262) et a signé 14 victoires sur 16 matches disputés en Pro B avec son club de Roanne. Réjouissant.

ANDREA-LANDRIEU_R_GROS_04Te souviens-tu dans quel contexte tu avais été sacré champion d’Europe du simple cadet et quels souvenirs en gardes-tu ?
J’étais tête de série n°1 et favori de la compétition mais je me souviens d’un parcours assez difficile lors de ces CEJ disputés à Kazan. J’avais 15 ans mais déjà auparavant, vers mes 12-13 ans, j’avais du arrêter de jouer à cause de ma maladie osseuse (coude droit). J’étais dans le flou mais grâce à l’orthèse, j’ai pu quand même m’exprimer. Puis gagner ce titre.

Comment as-tu géré psychologiquement et physiquement ce titre européen ?
J’ai remporté ce titre en juillet et dès le mois de septembre j’ai rejoint l’Insep après 2 années passées au pôle de Nantes. J’ai aussi effectué mes débuts en Pro B avec Metz. Cela faisait beaucoup de changements assez difficiles à gérer d’autant que je passais d’un statut de n°1 cadet à la catégorie junior avec bien entendu une concurrence plus rude. La transition a été difficile et je n’ai pas obtenu beaucoup de résultats positifs.

Puis des douleurs plus vives sont à nouveau apparues la saison suivante…
Au début de ma saison en J3, j’ai alors 17 ans, j’ai commencé à avoir très mal au coude. J’ai finalement été opéré en décembre 2013 : j’étais soulagé, d’abord parce que je souffrais aussi parce que je savais que rejouer enfin sans orthèse serait avantageux. Clairement, ce n’était pas du temps de perdu.

En février 2014, comment te sens-tu lorsque tu reviens à la table ?
J’ai en effet recommencé à taper la balle mais je sentais que ça n’allait pas trop bien. Je suis entré dans une grosse période de flou. Je me disais alors que je ne pourrais plus jamais jouer sans douleur à cause de mon coude. J’ai beaucoup douté.

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Lors du Championnat de France 2014 à Agen (Photo Hubert Guériau).

Et tu as repris le chemin des consultations, des examens …
En fait l’opération que j’ai subie consistait à enlever un bout d’os qui s’était détaché puis à gratter l’os principal afin de le solidifier. Les examens ont révélé qu’un bout d’os avait sans doute été oublié pendant l’intervention chirurgicale. Il m’a été proposé d’injecter des produits… J’ai souhaité changer de chirurgien pour cette 2e opération que j’attendais avec impatience : en juin 2014 j’ai donc à nouveau été opéré. Pendant l’été qui a suivi j’ai surtout travaillé physiquement et pris beaucoup de précautions au moment de rejouer : j’avais tout de même totalement arrêté pendant 8 mois !

Comment as-tu, à seulement 17 ans, géré cette saison complète sans toucher la balle ?
J’étais anxieux et j’ai traversé une nouvelle période de doute. Je me suis vraiment posé plein de questions. Mais avec le recul, j’ai travaillé d’une autre manière, contrainte mais intéressante. J’ai certes perdu des sensations mais je me suis renforcé physiquement. Même si je ne pouvais pas jouer, je venais tous les jours dans la salle à l’Insep. J’ai regardé toutes les séances et j’ai énormément progressé dans la vision du jeu. En observant les autres, j’ai mieux perçu leurs points forts, leurs faiblesses et cette période m’a beaucoup apporté au moment de ma reprise.

À la rentrée 2014, tu peux enfin jouer sans douleur. Comment faire pour retrouver un niveau de jeu ?
Joue sans l’orthèse, c’est un renouveau, un nouvel Andréa quoi ! Je suis reparti de zéro et il a fallu m’habituer à la nouvelle balle plastique. Pendant 6 mois, j’ai énormément travaillé avec Mr Hua, le coach chinois de l’Insep, qui m’a notamment fait corriger ma technique en coup droit. Surtout, j’y suis allé doucement et je me disais à chaque fois, si cela tient cette semaine, c’est bon…

Individuelle_seizième. Championnats de France 2015.27 Fevrier-1 Mars 2015.Davo Pevele Arena.Orchies

Lors du Championnats de France 2015 à Orchies (Photo Rémy Gros).

Jouer sans l’orthèse, avoir changé physiquement, n’était-ce pas l’opportunité aussi de t’approprier une nouvelle technique ?
Paradoxalement je pense que c’est une chance de ne pas avoir continué à faire les mauvais gestes. Jouer avec l’orthèse pendant 4 années a bloqué pas mal de trucs et m’a limité techniquement. Bien sûr aujourd’hui je me sens bien plus libre mais j’ai perdu un peu de souplesse au niveau du poignet. Mentalement aussi, je me rends compte de la chance d’être de retour à la salle pour jouer.

Es-tu aussi renforcé mentalement ou bien te sens-tu fragile ?
Pendant ces longs mois privé de ping, quand je voyais les autres râler, je voulais tellement être à leur place. J’ai gardé cela en moi : j’y pense à chaque entraînement. Je suis un rescapé et depuis je n’aborde plus les choses de la même manière. M’entraîner est une chance, disputer une compétition aussi. Lorsque tu as vécu des galères, tu te rends compte que parfois tu fais des choses sans investissement et tu perds ton temps. Aujourd’hui je suis plus lucide et cette nouvelle philosophie me permet de me dépasser.

Cette saison 2014-2015 est surtout consacrée à l’entraînement car les premiers résultats se font logiquement attendre…
Peu à peu j’ai retrouvé le goût de la bagarre en compétition et j’ai plutôt bien joué en club, porté par l’équipe mais c’est vrai que sur le circuit international, c’était plus timide. Il faut relativiser : j’ai disputé à seulement 18 ans mon 1e open du Pro-tour senior (en Croatie). J’ai aussi effectué un stage de 5 semaines en Chine qui m’a beaucoup apporté.

En janvier 2015, tu dois faire face à un événement familial dramatique…
Je suis en stage à Vittel et je m’entraîne avec le groupe, normalement. Et en effet mon père est victime d’un grave AVC qui va l’immobiliser de longs mois à l’hôpital. À chaque fois que je suis fatigué à l’entraînement, je pense à lui et je m’arrache car mi je tiens sur mes deux jambes. Cela me donne du courage et me remet les idées en place.
Ma copine Marie, une ancienne gymnaste, partage les mêmes valeurs et notre relation saine me permet de m’épanouir et de trouver l’équilibre. Je suis quelqu’un de calme et j’ai besoin de repères stables.

ANDREA-LANDRIEU_R_GROS_05C’est l’état d’esprit qui t’anime au début de la saison 2015-2016 ?
Auparavant j’étais frustré. Le gars qui a été champion d’Europe et qui est arrêté. Enfin débarrassé de cette période de blessures, j’ai la volonté farouche d’écrire la suite de l’histoire. Après le titre européen de Kazan, je crois que j’avais perdu la gnaque et la confiance. J’ai retrouvé aujourd’hui un peu de tout cela.

Quand as-tu senti que tu étais redevenu un joueur de ping, capable de rivaliser ?
Avec Roanne, j’ai joué face à Jancarik dans un contexte particulier avec mon père venu me voir dès la sortie de l’hôpital. Il ne m’avait jamais vu jouer avec Roanne et je gagne mes 2 matches face à Sébastien Jover puis devant Lubomir Jancarik 11/9 à la belle. Je me suis dit alors que j’avais retrouvé un niveau (14 succès en 16 matches en Pro B depuis le début de la saison) mais sur le circuit du Pro-Tour, c‘est plus difficile. J’ai ressenti beaucoup de frustration à perdre des matches à la belle. En même temps, tu ne joues pas super bien, tu ne fais pas tout ce qu’il faut et tu perds 4/3 sur un 90 mondial ou tu accroches même un joueur comme Shibaev. Je me suis dit, vivement le jour où tu vas bien jouer ! Donc même après des défaites, j’arrive à positiver. Ces dernières semaines, et lors du tournoi de sélection pour le Mondial en Malaisie, je crois avoir montré mes capacités.

Andréa Landrieu joue des 2 côtés avec Tenergy 05 et le bois Butterfly Inerforce ZLF

Palmarès individuel :
Champion de France benjamin 2007
Vice-champion de France minime  2009
Vice-champion de France cadet 2011
Champion d’Europe cadet 2011

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

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