Timo Boll a répondu aux questions de notre confrère Mitsuru Jojima et il évoque notamment sa blessure au genou, les Chinois et les Jeux Olympiques. Et tout simplement pourquoi le tennis de table est son truc.

Le genou

Ma dernière interview avec Timo Boll remontait à quelques années. C’était en juillet 2010 après que le joueur allemand ait remporté l’open du Japon. Un an après, il décrochait la médaille de bronze lors du Championnat du monde individuel à Rotterdam, confirmant ainsi qu’il était bien l’adversaire n°1 des joueurs chinois. Après sa position de n°1 mondial pendant sept mois en 2003, il a retrouvé ce statut pendant trois mois en 2011.

Si sa carrière exceptionnelle a été marquée par de nombreux succès, Timo Boll a dû faire face à des blessures répétées l’empêchant parfois de participer aux plus grands rendez-vous de la saison.

Timo-Boll_lauphing_147x162Comment va ton genou après l’opération ?

C’est avec le sourire que Timo se prêta au jeu de l’interview réalisée au BUTTERFLY TEC basé à Saitama, àTokyo :

« Bien que j’ai subi une opération, je suis toujours très motivé. »

Juste avant de se rendre au siège mondial de Butterfly, Timo a pris le temps de soigner son genou opéré après une phase de hauts et de bas. Une décision motivée par la nécessité de bien préparer les Jeux Olympiques.

Oui assurément c’était une décision importante à prendre. En fait ce n’était pas nécessairement la douleur qui était problématique mais le fait que j’avais le sentiment que quelque chose ne tournait pas rond dans mon genou et que cela pouvait dégénérer à tout moment.

Timo-Boll_712x1068_hochAprès l’opération je ne devais pas bouger le genou pendant six semaines. Mais en raison de mes blessures passées au dos et à la hanche, cette période a duré en réalité trois semaines. Je ne me suis donc pas complètement arrêté six semaines durant.

Cette décision était certainement fondée sur sa participation aux Jeux olympiques.

Avec l’option d’éviter l’opération ou de la repousser en continuant à jouer, je pouvais me mettre en danger. Car à tout moment, la douleur pouvait apparaître ou s’aggraver. Cette situation ne pouvait que dégénérer lors d’une phase d’entraînement intense comme l’exige la préparation pour les Jeux olympiques.

Les Chinois

Au fil des années,  Timo Boll a été qualifié d’office « Ennemi n°1 » ou de surnoms similaires par les Chinois alors qu’il était leur adversaire principal.

Timo Boll, 8 Jahre

Timo Boll à l’âge de 8 ans.

Retour en 1995 où il fit son apparition sur la scène internationale en décrochant le titre de champion d’Europe cadet.

Après ces Championnats, je voulais m’investir totalement dans le tennis de table. Mais j’ai dû patienter une année complète, jusqu’à mes 15 ans, car l’école était obligatoire.

À ce moment là je jouais dans l’équipe 2 de « Gönnern ».  L’année suivante, grâce à la qualité de l’entraînement professionnel,  je suis monté dans l’équipe 1ère qui évoluait en Bundesliga.

Rétrospectivement, ce fut le moment où Timo Boll décida de consacrer sa vie au tennis de table.

La reconnaissance internationale est rapidement venue avec ses deux titres consécutifs (1997 et 1998) de champion d’Europe juniors et il est logiquement apparu sur le radar des experts et des passionnés  de tennis de table. Cette attention a été décuplée à partir du 21e siècle.

L’enfant prodige a commencé à percer dans le rang des meilleurs joueurs du monde – et a réaliser des choses remarquables.

L’une d’elles – pas la plus grande – fut son triomphe dans les premières années de sa carrière, à l’occasion de la Coupe du monde 2005 disputée en Belgique. Alors âgé de 24 ans, Timo Boll remporta le titre en éliminant les trois meilleurs joueurs chinois : Wang Liqin, Ma Lin et Wang Hao furent tour à tour battus par Timo qui grimpa sur la 1ère marche du podium.

« Mais c’était y’a longtemps! »,  s’exclame Timo Boll dans un sourire.

En fait ce tournoi fut vraiment particulier pour moi car j’avais battu trois joueurs chinois d’affilée. J’avais perdu en poule face à Vladimir Samsonov mais en réalité j’étais resté confiant en mes capacités et j’étais prêt à réaliser de grandes performances.

Ce ne fut pas la seule fois qu’il domina les Chinois. Lors de la finale des Championnats du monde par équipes en 2010 (à Yokohama), si l’Allemagne s’inclina, il s’offrit une victoire sur le jeune premier, Ma Long.

Lors de notre interview précédente, Timo raconta :

Mon sentiment, au travers des matches que j’ai disputés face à trois générations de joueurs chinois du top niveau mondial, est que si tu réussis à les battre, il y aura toujours un nouvel adversaire qui se présentera à toi et issu de la nouvelle génération.

Du coup je me retrouve à jouer maintenant face à une 4e génération de Chinois, ajoute t-il en rigolant.

Maintenant Timo Boll a 34 ans. Sera t-il prêt à jouer à son meilleur niveau et encore constituer une menace majeure pour les meilleurs joueurs chinois aux Jeux Olympiques ? Nous verrons bien…

Les Jeux Olympiques

Les Jeux Olympiques d’Athènes 2004 auront toujours une place particulière dans la mémoire de Timo Boll.

J’ai disputé mes premiers Jeux Olympiques à Sydney en 2000. J’étais très jeune et pas encore prêt à jouer à un top niveau mondial. Quatre années après, j’avais acquis plus d’expérience avec en plus un tirage au sort plutôt favorable.

Timo a logiquement atteint les quarts de finale mais personne, à ce stade, ne comptait sur le Suédois Jan-Ove Waldner comme un adversaire capable de le faire tomber.

Juste avant les Jeux Olympiques, j’avais été capable de battre Waldner et le champion du monde en titre, Werner Schlager. Je n’avais pas de raison de douter et j’étais physiquement en forme, totalement concentré.

Timo Boll fut en fait tout prêt de rentrer dans le dernier carré du tournoi olympique mais il dût aussi batailler avec des conditions de jeu particulières, notamment l’air conditionné qui générait un petit courant d’air sur la table. Bien sûr Waldner était aussi confronté aux mêmes conditions mais son expérience (à 38 ans) lui permettait de mieux s’adapter et de démontrer le même sang-froid qu’en huitièmes de finale face au Chinios Ma Lin (4/1). Après le match, le vainqueur Waldner déclara : « Timo a joué un jeu très propre et clair. »

Peut-être voulait-il faire un compliment à Timo Boll qui avait sur les épaules tous les espoirs de l’Europe ? Mais peut-être qu’il voulait dire aussi que ce jeu propre et clair était très facile pour le lire et le contrer.

Dans l’épreuve par équipe aux Jeux olympiques de 2008 à Beijing, Timo Boll a joué un rôle énorme dans l’équipe d’Allemagne pour conquérir la médaille d‘argent. Mais en simple, il s’est à nouveau incliné en quarts de finale, cette fois face au Sud-Coréen Oh Sang-eun.

Franchement je n’étais pas satisfait d’avoir gagné seulement une médaille dans l’épreuve par équipe et je pense en fait que j’ai manqué de détermination, de vouloir gagner à tout prix.

Le même scénario s’est reproduit à Londres en 2012. Dans l’épreuve par équipe, l’Allemagne a remporté le bronze et encore une fois Timo a perdu face à un joueur de rang inférieur : cette fois c’est le Roumain Adrian Crisan qui a gagné 4-1.

Crisan est l’un des rares joueurs en Europe face auquel j’ai toujours eu des difficultés et c’est pourquoi je n’étais vraiment pas enchanté par le tirage au sort. J’étais beaucoup plus nerveux que d’habitude. Dans de tels matchs, le premier set est extrêmement important. Si vous le gagnez, vous vous sentez d’autant plus en confiance dans les prochains matches. Si vous perdez, le contraire se produit.

Et ce qui devait arriver, arriva. Timo mena 9-8 mais perdit ce premier set crucial.

À ce moment là,  je n’arrivais pas à contrôler le jeu. Aux Jeux Olympiques, ces petits moments de faiblesse peuvent être dévastateurs. Après le premier set, je n’ai pas été capable de revenir dans le match et de reprendre le leadership. J’avais une pression bien plus importante que dans le par équipe.

Dans le monde du sport, il est peu probable de voir une carrière d’un professionnelle sans accrocs et Timo Boll a dû se battre pour franchir les haies et contourner les obstacles. Il a développé un style unique dans le traitement de l’adversité :

Les Jeux Olympiques ont lieu une fois tous les quatre ans. C’est l’épreuve majeure et la plus courue en tennis de table. J’ai subi des revers aux J.O. mais ils m’ont apporté beaucoup d’expérience. C’est pourquoi j’ai décidé de me faire opérer tôt dans la saison afin que cela ne pèse pas sur moi pendant la compétition. Penser, ne serait qu’un instant, que quelque chose dans mon corps pourrait être un frein, est inutile.

Les blessures m’ont appris à utiliser mon temps plus efficacement

À cause de nouvelles blessures, Timo Boll a dû déclarer forfait pour les championnats du monde 2008 et 2009. Dans l’interview qu’il nous avait donnée en 2001, il évoquait ses douleurs chroniques au dos :

Je dois composer avec ce mal de dos depuis une dizaine d’années. Au paroxysme des douleurs, on me faisait jusqu’à 30 injections lors d’une séance de kinésithérapie. Mon dos est un adversaire plus farouche qu’un joueur chinois. (rires)

Timo-Boll_playing_1500x1098Les années passant, les douleurs et les blessures sont plus prégnantes et la seule solution pour Timo est de composer entre ses ambitions de joueur professionnel, l’entraînement et les douleurs de plus en plus importantes. Et bien sûr personne ne peut lui garantir un retour à 100 % après l’opération du genou :

Les blessures vous mettent toujours à plat. Ce fut aussi le cas après mon opération. Mais vous devez prendre cela comme une expérience précieuse et le voir  comme un avantage sur les joueurs qui ne sont jamais blessés. Cette opération m’a fait comprendre que je devais prendre soin de mon corps.

Depuis quelques temps les espoirs de l’Europe ne reposent plus seulement sur les seules épaules de Timo Boll. Ces dernières années, le nom de son compatriote Dimitrij Ovtcharov est apparu de plus en plus en présent : il a remporté une médaille aux Jeux Olympiques et pointe au 4e rang mondial.

Avant que Dima ne devienne aussi fort, notre stratégie par équipe consistait à ce que je remporte deux points et qu’un coéquipier en prenne un supplémentaire. Avec désormais Dima comme acteur majeur, la pression qui pesait sur moi s’est considérablement réduite.

Timo a complètement changé sa façon de s’entraîner. Il ne passe plus beaucoup de temps à développer de nouveaux coups, son expérience fait le reste. Il se concentre plus volontiers sur la préparation physique depuis qu’il a fait appel à un préparateur physique personnel.

Lorsque Timo m’a raconté cela, je me suis souvenu de ce que m’avait confié Jun Mizutani lorsqu’il fréquentait l’Allemand à l’entraînement :

Après une longue séance de travail physique où j’avais couru, je commandais pour le déjeuner un Hamburger avec un coca et des frites. À chaque fois Timo prenait une salade et buvait de l’eau. Depuis quelques temps je me préoccupe de la nutrition et de ma condition physique. Auparavant je ne pouvais pas comprendre la rigueur et l’abstinence de Timo concernant son alimentation mais maintenant je le peux !

Lorsque j’ai rapporté cette anecdote à Timo, il rétorqua :

Bien sûr, je m’en souviens : Jun était très jeune. Les jeunes joueurs talentueux prennent de plus en plus soin à leur condition physique. Moi aussi j’aime bien les bons repas mais cela peut s’accompagner de prise de poids, alors je dois vivre avec un régime alimentaire strict.

Motivation

Je n’aime rien de plus que le tennis de table.

Timo-Boll_suits_1200x520pxEn conclusion de l’interview, nous avons demandé à Timo comment il pouvait conserver toute sa motivation. Sa réponse directe est venue du coeur :

Je me considère vraiment chanceux de mener une carrière professionnelle dans l’activité que j’aime le plus.

Timo Boll n’a jamais été blasé par le tennis de table, une discipline complexe et exigeante qui l’oblige à rester aux abois en permanence.

Je n’ai jamais eu l’impression de jouer un tennis de table parfait, même après avoir remporté un grand titre.

Et tout cela fait que je n’ai jamais eu besoin de trouver des sources de motivation, elle vient facilement et naturellement. J’ai toujours aimé le défi de jouer face à des joueurs pétri de talent ou bien de m’adapter au plus vite aux changements des règles ou de matériel.

J’ai pu rapidement me rendre compte ce que signifiait ces mots pour Timo Boll lorsque, quelques instants plus tard, il a commencé la séance photos dans la salle d’entraînement, afin de capter sa technique spéciale en remise de service. Même après son opération du genou, non seulement il a fait preuve d’implication lors de cette séance prise de vue mais également lorsqu’il invita le personnel de Butterfly à disputer une petite partie.

On pouvait sentir que Timo avait vraiment envie de jouer au tennis de table, d’utiliser toutes les occasions possibles pour jouer le jeu qu’il aime tant. Exactement comme il y a 30 ans lorsque tout a commencé dans le sous-sol de la maison de ses parents.

Lorsque vous êtes jeune avec du talent, il faut généralement une personne apte à le reconnaître et prête à investir du temps et de l’énergie pour contribuer à sa progression et à son entrée dans le sport professionnel. Dans mon cas, ce fût mes parents Wolfgang et Gudrun Boll : sans leur soutien ma carrière aurait été impossible.

Cela pourrait être la raison pour laquelle Timo vit toujours dans son ancien quartier où il peut décompresser dans un environnement favorable et familier où il tire toute sa motivation.

(Adaptation and original translation by Frank Völler, traduction française par Hubert Guériau)

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

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