« La charnière française cherche ses automatismes ! ». « Koscielny et Rami ont des automatismes à trouver. » « Toulon retrouve ces automatismes et écrase Oyonnax ! ». « Je sens que j’ai retrouvé quelques automatismes. » (P.H. Mathieu). Ou encore, « Dussautoir a construit son jeu avec les automatismes du judo ». On pourrait continuer à citer de nombreux exemples ! Quel succès pour les automatismes ! Par Arnaud Valière.

En effet, que ce soit dans la presse ou dans les débats télévisés sur le sport, le terme d’automatisme(s) est employé à toutes « les sauces » pour qualifier un athlète en recherche de sensations individuelles, physiques, techniques ou une équipe en quête de fluidité collective dans le jeu. Rechercher, trouver ou retrouver des automatismes semble donc être la condition incontournable pour avoir des résultats et réaliser de grandes performances.

En revanche lorsque l’on quitte la sphère médiatique, le concept neurophysiologique d’automatisme a beaucoup moins de succès. Il est même marqué d’un certain dédain à l’inverse par exemple de la notion d’autonomie dont nous avons discuté dans le ButterflyMag du mois de mai.

Dans tous les cas, son absence ou sa fréquence d’emploi n’est pas un signe d’estime ! Il a tendance à être considéré comme une forme d’activité inférieure, machinale, dépourvue d’intelligence. Il est même par­fois vu comme un trait d’animalité chez l’homme.

C’est surtout pour relever leurs conséquences négatives qu’il est fait référence aux automatismes. Ces derniers sont dénoncés comme sources d’erreurs, de sclérose, d’inadaptation et d’obstacles à la créativité et aux nouvelles acquisitions.

Nous ne savons pas s’il faut y voir un rapport de cause à effet mais force est de constater que la notion d’automatisme est très peu employée par nous tous et relativement absente dans les formations. Elle est aussi peu présente dans les ouvrages et autres productions liées au tennis de table comparée à d’autres notions qui ont systématiquement un chapitre qui leur est dédié.

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Arnaud Valière ici à l’entraînement dans la salle du CAM Bordeaux.

Néanmoins, cette notion est présente dans quelques productions anciennes.

Parmi celles-ci, citons l’ouvrage écrit par un collectif fédéral en 1992 intitulé « La technique du tennis de table » qui mettait l’accent sur les processus d’apprentissages débouchant sur l’automatisation des habiletés spécifiques au tennis de table (coups techniques, appuis, ajustements…) visant justement à s’adapter au mieux à des situations de jeu changeantes.

Les automatismes techniques sont également présentés dans 2 productions écrites et dirigées par Philippe Molodzoff « Tennis de table en tête »(1995) et le « manuel des cadres, niveau supérieur » produit par l’ITTF (2008).

La première affirme notamment qu’« en tennis de table, le champion est celui dont tout le jeu est automatisé, l’attention restant disponible pour capter tout élément d’information nouveau auquel tout autre joueur serait insensible. Il y a nécessité d’une totale automatisation parce que le jeu va trop vite pour pouvoir être conscient et pour que l’attention reste disponible (observation de l’adversaire) »[1]

Dans l’ouvrage de l’ITTF, les automatismes sont abordés au travers des lois sur les programmes moteurs et notamment sur les expériences motrices (techniques) mises en mémoire et réutilisables par la suite.

Enfin dans d’autres articles ou ouvrages, les automatismes y sont abordés sous la question de la dualité automatismes / techniques acquis à l’entraînement et adaptation à l’adversité en situation de jeu qui fait souvent ressortir leur aspect le plus négatif : celui qui déboucherait sur la (fameuse) robotisation du joueur et sur un jeu stéréotypé.

La logique interne[2] du tennis de table définie dans de nombreux ouvrages a elle, tendance à relativiser le poids de la technique et à fortiori des automatismes techniques dans la réalisation de grandes performances.

En effet, il semble que l’on fasse toujours la part belle à la tactique, sûrement à juste titre car la performance en tennis de table est principalement caractérisée par le duel et la capacité des joueurs à utiliser au mieux leurs armes (techniques)[3] en fonction du déroulement du jeu. Mais l’élaboration d’une tactique gagnante ne peut se concevoir qu’à partir d’armes techniques variées (diversité et qualité des coups techniques, appuis…) et de la possibilité que le joueur a de les utiliser rapidement sans contractions parasites.

Dans une discipline comme le tennis de table où la vitesse est un facteur central et où le temps imparti pour s’organiser est très faible, la construction d’automatismes prend alors tout son sens car elle permet l’utilisation optimale des armes techniques.

Championnats de France 2016. 1/16eme de finale. Brest Arena, 15-17 Avril 2016.

Aurore Dessaint est réputée pour tenir extrêmement bien la balle en régulation. Ici lors du Championnat de France à Brest, en avril 2016. Photo Rémy Gros.

Définition et enjeu des automatismes en tennis de table

Précisons d’emblée que ce sont les automatismes secondaires, acquis qui nous intéressent ici et qu’il faut les distinguer des automatismes primaires, innés, liés à des schémas moteurs posturaux, locomoteurs ou fonctionnels (déglutition, succion) que nous possédons naturellement grâce à l’interaction avec notre environnement.

Les automatismes secondaires correspondent à des schémas moteurs plus complexes et sont spécifiques à une activité. Ils sont stockés sous la forme de programmes automatiques permettant de réagir rapidement et efficacement à un stimulus connu et prévisible. Une fois automatisés, les schémas moteurs qui sous tendent les gestes sportifs constituant les éléments techniques d’une discipline (coups, déplacements, ajustements…) ont besoin d’un traitement cognitif quasi nul pour être déclenchés.

Ils constituent des acquisitions motrices cumulant d’une part des vertus d’efficacité, d’économie, et de stabilité.

Avec l’expérience et l’entraînement, le passage entre la perception de la nature du coup adverse et la réponse est de plus en plus rapide et ne requiert aucun effort cognitif.

Au regard de ces quelques propriétés, nous comprenons que l’acquisition et la maîtrise d’automatismes techniques font parti des objectifs obligatoires de l’entraînement pour que ceux-ci puissent être utilisés de manière optimale en compétition.

Mais pour automatiser, il est nécessaire de répéter. Et c’est à partir de ce point que surgissent toutes les interrogations et la méfiance quant au processus d’automatisation…

 

[1] MOLODZOFF P. Le tennis de table…en tête, FFTT, 1995.

[2] Ensemble des traits pertinents caractérisant une discipline sportive.

[3] On pourrait également citer des armes physiques, mentales…

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

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