Alexandre Cassin a définitivement marqué son passage aux CEJ (Championnats d’Europe Jeunes). Outre son titre de champion d’Europe cadet en 2012, il a conquis deux couronnes chez les juniors (2014 et 2016), une médaille d’argent (2015) et une médaille de bronze (2013). Il est ainsi devenu le junior le plus médaillé de l’histoire et c’est désormais dans la catégorie senior qu’il fera parler son talent : il a d’ailleurs obtenu son billet pour les championnats d’Europe seniors du 18 au 23 octobre 2016 à Budapest. Le bilan des CEJ est l’un des plus faibles de l’histoire pour l’équipe de France rentrée seulement avec un titre et trois médailles. Le Team Butterfly était dans tous les bons coups puisque Prithika Pavade a remporté sa première médaille en double mixte cadet. Océane Guisnel (avec Marie Migot) a remporté la médaille de bronze du double junior et Lilian Bardet le bronze du double cadet (avec Jules Cavaille).

Souvenez-vous en 2014, Alexandre Cassin remportait le titre de champion d’Europe junior. Déjà sacré champion d’Europe cadet deux ans plus tôt, il devenait le seul pongiste français à réaliser un tel doublé. Deux ans plus tard, il a gravi une marche supplémentaire en devenant le pongiste européen le plus titré en junior. Au total il aura remporté huit médailles d’or : trois en simple et cinq par équipes. Interview avec un phénomène.

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Le Sportova de Zagreb où se sont disputés les CEJ 2016 – Photo ETTU

Quel est ton sentiment après ce nouveau titre européen et comment le compares-tu avec le premier de 2014 ?

C’est différent. Mon premier titre correspondait à ma première année chez les juniors en 2014. J’avais remporté le titre cadet deux ans auparavant et en 2013 j’avais remporté la médaille de bronze déjà chez les juniors. Je voulais alors montrer que j’étais capable de gagner, d’être déjà le meilleur dans ma catégorie. Cette année, je voulais démontrer que j’étais encore là et que je ne lâcherais rien. Bien sûr, le statut de n°1 met une pression supplémentaire mais gagner me tenait beaucoup à cœur. Donc ce titre 2016, c’est quelque chose de fort.

Lorsque tu as gagné le dimanche 17 juillet, tu es tombé à la renverse puis lorsque tu t’es relevé tu as fait un geste sur ton visage ?

C’était un geste en direction de Joe (Seyfried) et de toute l’équipe. C’est juste un délire en rapport avec le rappeur Jul. Voilà, c’était un hommage pour que l’équipe soit fière de moi.

En 2015 à Bratislava, tu avais dominé le Suédois Anton Kallberg lors de la finale par équipe avant de le perdre en finale du simple. En quoi cette défaite a t’elle conditionné ton approche de la finale 2016 à Zagreb ?

Cette défaite m’a hanté plusieurs mois, elle m’est restée en travers de la gorge. Par rapport à mon attitude lors de cette finale, j’ai subi des reproches. Je me suis remis en question. Bien sûr c’est difficile mais j’ai pu avancer mentalement, physiquement et dans mon ping au cours de la saison. J’étais passé à côté de cette finale. Ce fût très dur. Mais j’ai évolué depuis et je me suis promis d’arriver à Zagreb, avec la volonté d’aller toujours la victoire.

Championnats de France 2016. 1/16eme de finale. Brest Arena, 15-17 Avril 2016.

Photo Rémy Gros.

Comment juges-tu la finale que tu as dominée de la tête et des épaules face à l’Autrichien Andres Levenko ?

J’étais à 100 % et j’ai tout donné, à la fois mentalement et au niveau du ping, à quelques détails près. J’ai donné tout ce que j’avais au fond du cœur. J’ai mis toutes les cartes de mon côté et je peux dire, oui, que j’ai vraiment très bien joué.

L’an passé tu avais été fortement critiqué sur ton service pioche et même parfois sanctionné par les arbitres. Il semble que tu aies résolu cet aspect négatif de ton jeu…

Sur les services j’ai été en effet pas mal critiqué. Quand je fais mon service pioche, je sais qu’il est limite mais je travaille tous les jours pour le rendre meilleur. J’ai décidé de ne plus l’utiliser et parallèlement je travaille quotidiennement les services classiques, les latéraux, le rentrant, le coupé mou. Cela va beaucoup mieux dans ce secteur où je gagne plus de points.

Et tu as obtenu ton billet pour les prochains championnats seniors d’Europe du 18 au 23 octobre 2016 à Budapest…

Je savais qu’en devenant champion d’Europe je serais qualifié. C’était aussi le cas l’an passé et j’y avais beaucoup trop pensé, cela m’avait mis KO. Alors cette année, je ne me suis pas posé la question et j’ai accueilli cette bonne nouvelle une fois que j’avais gagné.

La statistique est implacable, avec ce nouveau titre tu es devenu le joueur le plus médaillé dans la catégorie junior devant le Suédois Jan-Ove Waldner et Timo Boll. Sachant qu’il faut peut-être tenir compte de la qualité de l’opposition, quel est ton sentiment ?

Lorsque je suis devenu champion d’Europe en 2014, en Italie, c’était plus homogène au sein d’une génération plus forte. C’était sûrement moins fort cette année, mais pourtant ce fût la compétition la plus difficile. J’ai ressenti que mes adversaires avaient tous faim et voulaient me battre. Alors être le plus titré à côté de Waldner et de Boll, cela me fait quelque chose. C’est incroyable, je suis un privilégié.

Par équipe en revanche, l’équipe de France a sombré en quarts face aux Tchèques avec notamment tes deux défaites…

Je savais que je n’avais pas le droit à l’erreur. Être leader de l’équipe a toujours représenté une pression supplémentaire mais j’avais totalement la confiance de mes coéquipiers. Je m’en suis voulu mais c’était un jour sans moi pour moi avec ses deux défaites à la belle face à Jiri Martinko et Tomas Polansky. Mais je n’ai pas baissé les bras et je me suis relevé. Dès le lendemain matin, nous sommes allés chercher cette 5e place qualificative pour le championnat du monde junior en Afrique du Sud.

À partir du mois de janvier, tu joueras exclusivement en catégorie senior. Es-tu préparé à évoluer à un niveau où forcément tu ne seras plus le n°1 ?

On ne m’en a pas encore parlé mais cela ne me fait pas peur. Je sais que le niveau des seniors est totalement différent. Je vais redevenir un joueur classique et ce sera très difficile de se démarquer. Je sais que le niveau est très élevé et aujourd’hui je suis moins fort que les Gauzy, Ovtcharov, Freitas… Des défaites je vais en avoir, je le sais, ce n’est un pas problème et je l’accepterai. Mais je vais continuer à travailler…

Alex lors des CEJ 2016. Photo ETTU.

Alex lors des CEJ 2016. Photo ETTU.

Qu’as tu fais depuis ton retour des CEJ ?

Je me suis entrainé pendant une semaine avec le groupe qui disputera les J.O. avant de partir en vacances à la Guadeloupe jusqu’au 17 août.

Tu vas complètement ranger ta raquette ou bien jouer un peu pendant les vacances ?

Je suis basé à Bé Maho mais je vais bouger un peu partout pendant cette période. Je vais parfois jouer dans les clubs. On fait des paris avec les copains. Et je leur fais péter les plombs (rires).

C’est un lieu idéal pour suivre les J.O. avec un minimum de décalage horaire…

Même si je ne participe pas, j’ai vraiment hâte qu’ils débutent. Je vais les suivre à fond. Mon pronostic ? Je pense qu’en simple et par équipes, on retrouvera les Chinois. Par équipe, je vois aussi la Corée-du-Sud, le Japon et la France ! Ce sera très compliqué en simple mais en plus d’Ovtcharov, je vois bien Manu (Lebesson) et Simon (Gauzy) créer la surprise. Je les vois jouer à l’entraînement et j’ai confiance en eux.

Revoir la finale des CEJ :

 

 

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

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