La Bayard Argentan lui colle à la peau. Laurent Launay incarne la réussite de ce club qu’il a hissé du niveau régional jusqu’à l’élite. Au delà des performances, ce sont des rencontres, des histoires pleines d’humanité qui jalonnent le parcours de cet éducateur devenu directeur sportif et qui a été promu directeur des sports de la ville d’Argentan. Cela valait bien une fête conviviale pour souffler les 30 bougies de son bail dans le club normand.


Sa famille, ses amis, les licenciés et les anciens de la Bayard Argentan n’auraient pour rien au monde manqué le 30e anniversaire de l’arrivée en 1987 de Laurent Launay au club normand, transfuge de l’Avant Garde Caennaise où il avait débuté. « J’ai atteint le classement de 25. J’ai battu huit joueurs classés 15 et j’étais alors un attaquant topspineur des deux côtés. Je ne m’entraîne plus depuis une quinzaine d’années et je joue aujourd’hui en défense car c’est ludique », sourit le jeune quinqua (53 ans) qui évidemment utilise lors de ces piges en R1, une palette 100 % Butterfly, un bois INNERFORCE, un SUPER ANTI et un SPIN ART. « Je suis capable de bouger des joueurs numérotés mais je peux aussi me mettre en position de contre : en fait je m’adapte à l‘adversaire d’un très large panel », rigole le directeur des sports de la Ville d’Argentan.

La vocation d’entraîneur

« Gamin, j’avais l’ambition de devenir professeur d’EPS. La question d’une carrière de haut niveau ne s’est jamais posée car j’étais lucide. J’avais un professeur d’EPS génial en classe de 3e et j’ai eu le déclic : j’ai constaté que 5 élèves étaient très motivés, 5 se moquaient du cours et les autres suivaient le mouvement. Je me suis dit que ce n’était vraiment pas le top et je me suis alors imaginé entraîneur de tennis de table. » Le jeune homme poursuit ses gammes au sein de l’Avant Garde Caennaise et suit ses premières formations sous la férule de Pascal Canteux. « Je voulais entrainer tous les jours. J’étais bénévole et toujours à fond mais le président de l’époque de l’AG Caen ne voulait pas tout bousculer. Je me suis mis en quête de trouver un club plus motivé. » Séduit par le jeune homme auquel il a confié le coaching des équipes de Basse-Normandie, Pascal Canteux le recommande auprès de la Bayard d’Argentan qui recherchait un entraîneur-éducateur 100 % tennis de table. « C’est ainsi que je suis devenu l’un des rares entraineurs de ping sur un poste municipal. L’équipe 1ère évoluait en régional 3 dans une petite salle. Heureusement que ma copine m’avait convaincu car ma première impression n’était pas très positive. » Titulaire du BE, Laurent Launay débute sa carrière à la Bayard Argentan à l’aube de la saison 87-88 après 4 saisons à entraîner dans différents clubs normands. « Pascal Canteux a vraiment crû en moi. Je me souviendrai toujours des premiers déplacements avec Damien Éloi, Éric Varin… face aux meilleurs de leur génération, les Gatien, Chila, Legoût, Marmurek, Mommessin… »

Stakhanoviste

Avec Christophe Legoût lors de la fête-anniversaire en septembre 2017.

À l’issue de la première saison, Laurent Launay ne part pas en vacances. Il anime un stage qui couvre l’intégralité des vacances estivales. Jean-Pierre Alligné, alors président de la B.A. qui sera aussi président de Ligue, et arbitre international, a déniché une perle rare qui va faire briller le club à un niveau inattendu. « J’avais l’ambition de monter un gros club et d’atteindre la N1 et pas la Supervision car, à tort ou à raison, c’était pour un monde portée sur l’argent et rien d’autre. » Au cours de ces 30 années, Laurent Launay a cumulé les souvenirs impérissables. « Le triplé en 1994 de Dominique Pétron m’a beaucoup marqué avec ses titres de champion de France cadet, aux interclubs et aux interligues de Basse-Normandie avec ses potes de la Bayard. Puis la saison 97-98 qui nous a vu monter en Superdivision. Un moment vraiment incroyable car depuis plusieurs saisons le club flirtait avec l’accession en N1. » La première phase permet à la Bayard Argentan de se hisser en N1 grâce à une victoire remportée face à la VGA Saint-Maur des Mommessin (11/3) devant une horde de supporters. Les Normands ne font pas de la figuration : ils décrochent leur billet pour les play-offs et multiplie les exploits : victoire sur Levallois, match nul avec Nantes et avec Lagny-sur-Marne. Le club normand accède ainsi à la Superdivision qui deviendra ensuite la Pro A. Depuis, le club a alterné les montées et les descentes entre les deux divisions (meilleure performance 3e de la Pro A en 2004), A & B, de l’élite mais il est surtout devenu un bastion incontournable du haut niveau. Aujourd’hui le club compte trois entraîneurs à plein temps et quelques jeunes pousses qui flirtent avec les podiums nationaux, Romain Brard et la fille cadette de Laurent, Nina Launay-Pey.

Entraîneur de l’équipe de France handisports

« Le ping handisport est une partie très importante qui m’a fortement influencé dans ma carrière d’entraîneur valide. » Laurent Launay s’est vu confier la responsabilité de l’équipe de France handisports de 1986 à 1992 qu’il a conduite aux premiers Jeux Paralympiques organisés en 1988 à Séoul. « Lors d’un tournoi valide en Basse-Normandie, j’ai joué face à un joueur handicapé debout avec deux pieds-bots. Dès la fin du match nous avons discuté et immédiatement sympathisé. » L’amitié avec Roland Lesueur est scellée et les deux hommes vont former un duo ambitieux : « il a atteint le classement 30 car il était passionné et un travailleur acharné. Il est aujourd’hui décédé d’un cancer mais nous étions extrêmement liés. Nous avons vécu des moments extraordinaires, notamment le titre de champion du monde remporté en 1990 à Assen. » David Bizet et Emeric Martin prendront le relais en fauteuil, donnant une image résolument humaniste à Laurent Launay, grande gueule hyper sensible. « Cette immersion dans l’univers du ping handi m’a fait grandir en tant qu’homme, de constater que l’on peut bien vivre avec des handicaps très étonnants. Cela m’a transformé et cela a déteint sur mon vécu d’entraîneur. »

La Bayard Argentan réussit un bon début de saison en Pro B.

La Bayard Argentan a bien démarré la saison 2017-2018 en prenant les commandes de la Pro B mais le directeur sportif ne s’enflamme pas. Au début de sa 31e saison, Laurent Launay mène un combat réglementaire. « Aujourd’hui je regrette énormément certains règlements sur la règle du brûlage. Il y a des aberrations et j’espère que la fédération reviendra dessus car ces règlements ne favorisent pas la promotion de nos jeunes. »

Alors rendez-vous dans 30 ans ? Laurent Launay assume son dévouement à son club de coeur : « Je ne sais pas pour combien de temps encore mais je me verrais bien quitter ce monde en décédant sur le banc. »
Un voeu  à exaucer le plus tard possible car à seulement 53 ans, Laurent peut légitimement viser un 60e anniversaire avant de refermer le livre d’une vie entièrement consacrée au ping.

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

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