Lorsque Christophe Legoût s’impose à Lyon à l’automne 1997 sur un open du circuit Pro-tour naissant, il décroche le premier succès tricolore sur les internationaux de France depuis un certain Jacques Secrétin victorieux en 1976 !

Le Palais des Sports de Gerland qui vit notamment la bande à Noah remporter la Coupe Davis en 1991 face aux Américains, est une arène qui sied bien aux Tricolores. En 1990, Jean-Philippe Gatien avait seulement baissé pavillon en finale devant son partenaire de double, la légende polonaise Andrej Grubba. Lorsque Christophe Legoût attaque la saison 97-98, il maîtrise parfaitement son nouveau matériel et pour cause : il opère avec un bois LEGOÛT OFF associé à deux SRIVER. Le benjamin des Mousquetaires s’est en effet engagé un an plus tôt avec Butterfly. Jusqu’à présent, Chris a réalisé des coups d’éclat sur les opens mais sans parvenir à conclure. « En 1993, j’avais échoué en quarts de finale de l’open de République tchèque sur Petr Korbel. J’avais aussi disputé une demi-finale sur l’open d’Italie en 1995, une défaite sur le Canadien Johnny Huang 21/19 à la belle. » Mais depuis plusieurs mois ses performances régulières, notamment sa demi-finale lors de la coupe du monde individuelle, le placent parmi les outsiders sur toutes les compétitions. Au point que Hikosuke Tamasu, le président-fondateur de la société Tamasu et créateur de Butterfly, a effectué le déplacement sur les rives du Rhône. « En 1997, j’ai l’impression de me rapprocher : c’est une bonne période pour moi. Je viens d’atteindre les demi-finales de la coupe du monde, j’ai perdu en quarts sur l’open de Chine sur Liu Guoliang. Au classement mondial, je passe devant Patrick (Chila) et Damien (Éloi). Mais j’ai encore cette image de joueur de par équipe avec nos victoires aux championnats d’Europe et avec Levallois. »

Face à Wang Liqin en demies

Et cette image va résolument évoluer dans le contexte relevé des Internationaux de France. Gerland fait le plein et les matches s’enchaînent victorieusement pour Chris. « J’ai le souvenir d’avoir eu le sentiment que tout se goupillait bien, que je prenais les joueurs qui me convenaient. » Plus qu’une impression, c’est le songe d’un joueur en pleine confiance. « Je bats notamment Qian Qian Li puis Yang Min. En quarts, Kreanga est battu par Wang Liqin et je me souviens que Kalin était ensuite venu me parler tactique : Si tu prends l’initiative d’un côté, surtout tu n’en sors pas car  il anticipe super bien. » Wang Liqin, qui deviendra trois fois champion du monde sur la décade suivante, est encore un peu tendre mais les bases de son jeu sont déjà là.

Les meilleurs moments de la demi-finale, Legoût – Wang Liqin :

À mi-distance, en top sur top, Chris est encore plus monstrueux et les rallys entre les deux joueurs font lever la salle. Chris est mené 2 set à 1 (21 points) et parvient à égaliser. « Il y a une balle litigieuse dans ce 4e set et je demande à revoir le point sur l’écran géant. La balle a touché le tee-shirt de Wang Liqin et je suis énervé car je pense qu’il triche. Finalement, le point est remis. J’égalise à 2 partout et au coaching Bibi (Patrick Birocheau) me met une claque pour que je me reconcentre pour bien débuter bien la belle. » Wang Liqin craque et Chris s’envole pour s’imposer facilement (21/11) dans cette demie qui lui ouvre les portes de la finale. « À ce moment-là, Wang Liqin n’est pas encore une star. Je suis beaucoup plus fier de l’avoir battu en 2008 sur l’open du Koweit. Et Chris de rappeler qu’il y a encore une finale à jouer ! Le Néerlandais Danny Heister (aujourd’hui le coach de Düsseldorf) est son adversaire. Il joue alors en France, à Fontenay, et il fait partie du top 30 Mondial. Surtout, je ne l’avais encore jamais battu. » Le Français choisit le bon moment pour un premier succès qui le catapulte dans la cour des grands : il s’impose 3 sets à 1 très serrés avec jamais plus de 2 points d’écart ! Un succès inscrit dans le livre d’or du tennis de table tricolore. Depuis 1997, seul Damien Éloi a remporté un open aussi prestigieux : l’année suivante le lutin s’imposera en Suède. Les trois victoires d’Abdel-Kader Salifou en 2013 puis celle d’Antoine Hachard au Chili (2016) ne peuvent pas être comparées car réalisées sur des opens de 2e, voire de 3e division du Pro-Tour, et sans les meilleures gâchettes de l’élite mondiale.

À la suite de la victoire de Christophe, Butterfly réalise un premier poster à son effigie.

Trois autres occasions

Christophe Legoût ne pourra pas tirer tous les bénéfices de son triomphe. Au lendemain de sa victoire à Lyon, il enchaîne avec un déplacement en Allemagne pour une rencontre de Ligue Européenne où il bat les deux meilleurs allemands, Jorg Rosskopf et Torben Wosik. Puis en Coupe d’Europe face à Ochsenhausen, il s’offre les scalps de Ma Wenge et d’Andrei Mazunov mais ce soir-là, Chris hypothèquera la suite de sa saison et sûrement même une partie de ses rêves de podium mondial. « Je me blesse à l’épaule sur un plongeon. Je sens que j’ai un truc grave mais je décide de partir à Hong-Kong le lendemain afin de participer à la finale du Pro-Tour. J’affronte Kim Taek-soo que j’adorais jouer et là, je perds. Au retour, je dois me résoudre à être opéré de l’épaule. »

Trois autres fois, Chris aura l’opportunité de garnir son palmarès sur le Pro-Tour. Surtout en 1998, lorsqu’il dispose d’une balle de match en finale de l’open des USA. Mais le Belge Jean-Michel Saive réussit une défense héroïque puis il chipe le titre au Français. « En 2001, je dispute aussi la finale des internationaux d’Angleterre mais là je prends une fessée par Wang Liqin. En 2005, à Taiwan, j’ai une dernière occasion. Je mène 8-3, à la belle (11 points) sur le Sud-Coréen Oh Sang-eun… » Organisés par intermittence, les Internationaux de France n’ont plus offert de grands frissons au public français. Et s’il faut vivement espérer un successeur à Jacques Secrétin et à Christophe Legoût, le projet de relancer les Internationaux de France ne semble pas faire partie de la stratégie de la FFTT.

Voir la finale en intégralité, Legoût – Heister

A propos de l'auteur

Hubert

He recently joined the Butterfly France team. Hubert, in addition to following high level table tennis for many years (and playing himself), as a journalist, he creates a lot of content. He is now the chief editor for Butterfly Mag. He is also the communication manager for Butterfly in France.

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